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Le dernier numéro

Article publié le 12 juillet 2007

Parution du mois

Tensions en champagne : état des lieux et enjeux

Vu de l’extérieur, le vignoble champenois est une bulle de prospérité. C’est le vignoble de France dont l’économie se porte le mieux. Bénéficiant d’une conjoncture économique et commerciale très favorable, les Champenois devraient logiquement être sereins et paisibles. Et pourtant, derrière la façade dorée, ça bouillonne…

Il règne une vraie tension au sein du monde du champagne. On le perçoit, à travers les interviews de presse, dans les discours, et par l’intermédiaire de « radio-galipes », qui colporte les propos belliqueux et accusateurs des uns et des autres. Incontestablement, la pression monte…

Pourquoi cette ambiance orageuse alors que tout va si bien ? Tout simplement parce que l’AOC est confrontée à une situation de tension entre l’offre et la demande. Les marchés sont porteurs aujourd’hui et prometteurs pour demain. Les Champenois ont si bien travaillé l’image, la qualité et la distribution de leur produit, qu’à la faveur d’une croissance économique importante le monde entier veut du champagne : partant du principe « qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », et soucieux de ne pas décevoir leur clientèle, les metteurs en marché vendent à tour de bras. Et, en plus, ils vendent bien : le marché a tendance à monter en gamme, avec une demande croissante pour les cuvées spéciales, les millésimes, les rosés…

Hélas ! On ne produit pas du champagne comme des boulons : le terroir et la qualité imposent leurs limites. Et, au regard de celles-ci, les ventes augmentent à un rythme beaucoup trop rapide (en tenant compte des possibilités d’évolution du rendement et des surfaces restant à planter). On ne peut pas vendre ce que l’on ne produit pas… et pourtant, si le rythme de la croissance commerciale ne se calme pas, c’est exactement ce qui va arriver et très vite. Toutes les courbes prospectives disent la même chose : à 2,5 % par an, on est dans le mur vers 2013, à 4 % par an, on y est aux alentours de 2010… Or l’indicateur de tendance du CIVC pour le mois d’avril est à plus de 5 % d’augmentation : autant dire qu’on est déjà quasiment dans le mur !

Le gâteau grossit moins vite que l’appétit des opérateurs

C’est un vrai problème collectif qui se pose à la Champagne. La difficulté est qu’individuellement personne n’a vraiment envie d’admettre qu’il y a une limite : la logique d’une entreprise est de croître et de gagner de l’argent. On le comprend aisément en lisant la presse. Les dirigeants sont enthousiastes et ambitieux : ils prévoient tous une envolée de leurs marchés et des chiffres d’affaires exceptionnels. L’ennui, c’est que si tous les opérateurs prétendent augmenter leurs ventes de 5, 6, 7 ou même (ne soyons pas mesquins) 10 % par an parce que le marché est preneur, il n’y a pas assez de raisins pour tout le monde. Aujourd’hui, le gâteau grossit moins vite que l’appétit des opérateurs, et l’on se dirige tout simplement vers une belle foire d’empoigne au sein de l’AOC Champagne pour avoir de l’approvisionnement. Achat de vignoble, achat d’entreprises, locations avec effet levier, prestation de service… l’imagination n’a pas de limite quand il s’agit de récupérer des raisins, quitte à aller se servir sur la part du voisin.

Il apparaît assez clairement que cette course à l’approvisionnement constitue une menace pour le partenariat interprofessionnel. En effet, jusqu’ici, en période de prospérité commerciale, vignoble et négoce pouvaient ts’entendre assez facilement pour gérer au mieux l’appellation, dans la mesure où ils pouvaient partager la croissance sans trop se marcher dessus. L’augmentation des surfaces et celle des rendements ont permis aux vignerons de conforter leur exploitation et au négoce de développer de nouveaux marchés de manière complémentaire…

En 2007, la donne n’est plus la même : celui qui envisage une croissance durable de ses ventes doit jouer des coudes pour pousser les autres. Dans ces conditions, on aurait vite tendance à regarder l’autre comme un voleur et un malotru :

  • pour le négoce, le vignoble est coupable quand il « détourne » l’approvisionnement « naturellement » destiné aux Maisons, en stockant des vins pour des raisons fiscales, ou en développant ses propres marchés ;
  • pour le vignoble, c’est le négoce qui est coupable de « détournement » lorsqu’il achète du foncier (la vigne n’est-elle pas « naturellement » l’apanage du vigneron ?) ou qu’il corrompt un coopérateur, l’amenant à quitter sa coopérative en contrepartie d’un très-très long contrat rempli de belles promesses.

Attention ! À ces jeux de court terme, tout le monde pourrait perdre. En effet, un regard objectif sur le passé permet d’affirmer à coup sûr que la réussite du champagne repose très largement sur deux facteurs :

  • le partenariat interprofessionnel entre négoce et vignoble, qui a permis de mettre en place une régulation économique collective de l’appellation ;
  • et la complémentarité, très efficace, entre les deux familles : d’une part le négoce, extrêmement professionnel pour développer l’image du champagne à travers le monde et d’autre part le vignoble, producteur consciencieux d’une matière première de qualité. En Champagne, chaque famille fait bien son travail.

Il serait évidemment souhaitable d’arriver à préserver ces deux atouts. Cela implique que chacun prenne du recul par rapport à sa propre situation individuelle, de manière à pouvoir re-situer correctement les vrais enjeux. Au fond, l’objectif devrait NORMALEMENT être de préserver la prospérité de l’appellation, dans l’intérêt de tous et de chacun, en attendant que de nouvelles possibilités de croissance partagée s’ouvrent avec la future révision parcellaire.


Informations compl�mentaires :

La suite de notre dossier dans le numéro de juillet

Catherine Chamourin

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