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Le dernier numéro

Article publié le 6 juin 2008

Parution du mois

Révision de l’aire géographique Champagne

Pourquoi les experts nommés par l’INAO ont-ils intégré certaines communes dans leur projet d’aire géographique, et pas d’autres, qui l’avaient pourtant souhaité  ? Pour ses lecteurs, La Champagne Viticole est allée consulter, dans le cadre de l’enquête publique, le rapport de ces experts  : un document de 98 pages, ouvert à tous, qui explique comment les experts ont caractérisé le vignoble de Champagne.

Ce n’est pas la bonne tête du maire ou le nombre de dossiers envoyés par une association à l’INAO qui ont motivé la sélection des communes. La lecture du rapport le révèle rapidement ! Des critères ont été préalablement définis, avec un objectif : préserver la qualité et la cohérence des terroirs du champagne.

Cette notion qui n’était pas formellement définie jusqu’ici, l’est maintenant, grâce au travail des experts. Pour être reconnu terroir de Champagne, il faudra désormais remplir un certain nombre de conditions répertoriées dans le rapport. Ce document de près de 100 pages développe en effet les critères de délimitation qui leur ont servi de base pour décider de l’intégration ou de la non intégration d’une commune dans la zone de production des raisins et/ou dans la zone d’élaboration du champagne. Ils combinent des conditions d’usages et des conditions de milieu naturel, définies à partir d’une analyse des cœurs de terroir qui « font » la typicité du champagne depuis bien plus de 100 ans. Cette analyse a ainsi associé deux approches : une approche historico-sociologique (la région où l’on sait et où l’on peut élaborer du champagne) et une approche géographico-scientifique (les situations reconnues comme écologiquement et techniquement favorables à la production de raisins destinés aux vins AOC Champagne et Coteau Champenois). En effet, les critères technico-techniques ne pouvaient être les seules références, un produit d’AOC étant bien plus qu’une simple production technologique. Mais il n’était pas non plus possible d’ignorer que la vigne de Champagne doit pousser dans des milieux favorables pour produire des raisins à la hauteur du nom qu’ils portent.

Les principes généraux de délimitation appliqués aux communes pour intégrer la zone de production de raisins sont les suivants :

Appartenir à la Champagne historique et vinicole

L’AOC Champagne a été construite par des hommes qui se sont battus pour la construire et en faire partie. Ils ont mis au point des pratiques de production, en se basant sur leur expérience du travail de la vigne et du vin. Le champagne, comme le bordeaux, le cognac ou le roquefort, c’est à la fois une culture (au sens agronomique et au sens culturel) et un savoir-faire. Pour intégrer la zone de production, l’INAO attend donc d’une commune qu’elle témoigne d’usages anciens et/ou actuels pour la production de raisins destinés aux AOC Champagne et Coteau Champenois. Les communes situées en AOC Bourgogne ne peuvent pas faire partie de l’aire AOC Champagne (à chaque appellation ses terroirs et ses usages).

Appartenir à l’une des grandes structures géomorphologiques supportant le vignoble

On le constate facilement : le vignoble de Champagne est avant tout un vignoble de coteaux. La tradition et la quête de qualité ont, au fil du temps, concentré géographiquement le vignoble champenois sur les talus des trois grandes cuestas du Bassin parisien et de leurs buttes témoins d’orientation sud-est, sud et sud-ouest : la côte d’Ile de France et son piémont (Montagne de Reims, côte des Blancs et côte Sézannaise), la côte de Champagne (vignobles du Vitryat et de Montgueux), la côte des Bar, et les versants bien orientés des vallées transversales vers l’ouest le long des lignes de source (vallée de la Marne, vallée de l’Ardre, de la Vesle, de la Seine, de l’Aube et leurs affluents, massif de Saint Thierry).

C’est sur cette zone que se produit le champagne. Pas ailleurs. Et, sur celle-ci, il faut privilégier les reliefs notables, écologiquement favorables à la viticulture, avec une ampleur permettant une économie viticole d’importance.

Au sein de ces structures, combiner au mieux des caractères environnementaux favorables

Implantée aux limites nord de l’aire de répartition, la vigne de Champagne ne peut présenter un développement convenable et mûrir ses raisins de façon satisfaisante que lorsqu’un ensemble de facteurs environnementaux sont rassemblés. On parle de facteurs mésoclimatiques¹ qui vont créer une juxtaposition de zones favorables et défavorables.

— Pour les experts, à ce niveau, les critères essentiels sont : la valeur de pente, l’ouverture de paysage (vallées non encaissées) et l’orientation des versants (notamment à l’abri des vents du nord et nord-est) qui ont une incidence directe sur l’insolation. Le bon niveau d’insolation peut être estimé grâce à la présence ou non de végétaux thermophiles² dont les besoins écologiques sont proches de ceux de la vigne (le rapport inventorie les plantes qui constituent des indicateurs de bon ensoleillement d’un coteau).

— Par ailleurs, le vignoble champenois est essentiellement situé sur des sols et sous-sols calcaire ou comportant une fraction significative d’éléments calcaires, qui procurent à la vigne une alimentation hydrique régulière par un drainage naturel des excédents de précipitations et par une ré-humectation des couches superficielles en cas de sécheresse. A cet égard, la présence de plantes calcicoles³ constitue un indicateur favorable (celles-ci sont également inventoriées dans le rapport).

On conclut, après avoir pris connaissance de l’ensemble du dossier que, finalement, le vignoble champenois est tout simplement le résultat du pragmatisme d’hommes qui, sans forcément être des spécialistes des sols, des sous-sols, du climat, de la géographie et du comportement des plantes, ont cultivé la vigne, instinctivement et avec bon sens, là où il le fallait pour faire du vin de Champagne. Ici et pas ailleurs, parce que d’une part c’est là que l’appellation d’origine s’est construite, d’autre part que le processus de production s’est affiné au fil des siècles pour faire LE champagne. On comprend alors très bien pourquoi le projet d’aire géographique défini par les experts intègre de nouvelles communes essentiellement à proximité et/ou dans le prolongement des vignobles actuels.

Catherine Chamourin

Notes :
1. – Mésoclimat : Climat d’une région naturelle de petite étendue.
2. – Plantes thermophiles : plantes aimant la chaleur.
3. – Plantes calcicoles : plantes qui acceptent un excès de calcaire dans le sol.

Il est encore temps de consulter le rapport des experts

Les communes qui n’ont pas été intégrées dans l’aire géo­gra­phique (zone de production des raisons et/ou zone d’élaboration du champagne) alors qu’elles l’auraient souhaité ont encore une chance de voir leur situation examinée – et éventuellement revue – si elles peuvent démontrer qu’elles répondent bien aux critères d’un terroir de Champagne. En effet, jusqu’au 21 juin, le rapport des experts fait l’objet d’une enquête publique  : pendant cette période de deux mois, toute personne intéressée peut aller consulter le document et déposer, si elle le souhaite, une réclamation écrite argumentée. Les experts et la commission d’enquête de l’INAO examineront les réclamations en vue de présenter, d’ici fin 2008 à début 2009, une liste définitive des communes faisant partie de la zone de production de raisins et de la zone d’élaboration du champagne.

Aire géographique : 117 communes sortent et 158 entrent

Attention  ! Les modifications ne concernent pas uniquement la zone de production des raisins. La zone d’élaboration du champagne va changer de manière significative.

— La zone de production des raisins (actuellement 319 communes) passerait à 357 communes, sachant que 40 nouvelles communes sont proposées pour intégrer la zone et 2 sont proposées pour en être exclues.

— La zone d’élaboration du champagne (communes pouvant accueillir des sites de pressurage, de vinification et de stockage passerait de 634 communes à 675 après intégration de 158 communes­ et sortie de 117 communes­.

La zone d’élaboration du cham­pagne évolue donc de manière très significative. C’est pourquoi il est important, même dans les communes­ qui n’ont pas de vignes­ sur leur territoire, de prendre­ le temps de venir consulter le rapport avant le 21 juin pour, le cas échéant, émettre des réclamations.

Catherine Chamourin

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