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Portrait

Article publié le 3 novembre 2014

Pascal Férat, président du SGV : « Nous sommes excédés ! »

Le SGV appelle à la mobilisation, avec la filière agricole, pour manifester à Châlons-en-Champagne ce mercredi 5 novembre. Les vignerons ont souhaité s’associer à la FDSEA et aux Jeunes Agriculteurs pour témoigner de leur soutien au monde agricole, et pour faire part de leurs propres revendications. Hausse des charges, fin de l’exonération des cotisations salariales sur les contrats vendanges, fiscalité, excès de réglementations, droits de succession… Les raisons de se faire entendre ne manquent pas.

Pascal Férat, il est très rare que les vignerons manifestent. Qu’est-ce qui justifie une telle mobilisation ? Depuis quatre ans que je préside le Syndicat, j’ai vu quatre années de crise économique aux niveaux français et international. Cette période a terriblement changé les paramètres de l’organisation du tissu économique champenois. Notre filière n’y échappe pas.
Le gouvernement français a pris de multiples initiatives, notamment fiscales et sociales. Elles pénalisent lourdement nos exploitations et frustrent les vignerons, qui ont fait d’énormes efforts pour valoriser leurs produits, leur territoire, leur région. Qui peut contester la réussite des viticulteurs au cours des cinquante dernières années ? Le champagne est sans doute l’un des produits les plus connus au monde, et sûrement le plus mythique. Nous avons fait nos preuves. Nous avons su pérenniser notre activité. Nous avons su entretenir le mythe du champagne à coups d’investissements et de permanentes remises en question pour rester un leader incontestable et incontesté. Pour poursuivre cette success story, l’administration française doit être à nos côtés. L’Etat ne peut à la fois nous citer en exemple, se valoriser avec nous, et nous pénaliser constamment en nous mettant des bâtons dans les roues : ils exaspèrent notre profession.

« L’accumulation de contraintes exaspère les vignerons.  »

La remise en cause du contrat vendange, est-ce la goutte d’eau qui fait déborder le vase ? On pouvait presque s’y attendre ! Cette accumulation nous pousse à nous mobiliser. Nous venons de subir des augmentations fiscales et sociales considérables. On peut citer l’exemple des hausses de charges sociales sur des travailleurs saisonniers, qui ont décuplé des cotisations de vignerons depuis 2012. Selon les types et les tailles d’exploitation, les charges ont été multipliées par deux, trois, cinq, et parfois encore plus. L’ensemble des vignerons de Champagne a ainsi subi une augmentation des charges de 20 millions d’euros en 2013. Ces 20 millions n’ont pas été investis dans la filière : ils ne serviront pas sa modernisation, sa recherche et son développement.
J’en viens au contrat vendange, qui à son tour est désormais menacé. Déjà, il y a la méthode, très contestable. Nous apprenons, au tout début de la vendange 2014, que le gouvernement envisage de supprimer une exonération de charges sociales salariales sur les contrats vendanges. Et comment l’apprenons-nous ? Dans la presse ! C’est le journal Les Échos qui nous a donné cette information ! Les syndicats de travailleurs n’en étaient même pas informés. Ensuite, avec nos partenaires de la Cnaoc et de la FNSEA, nous avons réagi, nous avons expliqué la perte d’attractivité que cette suppression d’abattement allait engendrer.
Rappelons, dans cette affaire, que les vignerons ne seront pas touchés au portefeuille. Nous pourrions ne pas en parler, car seuls les vendangeurs seront financièrement affectés. Mais nous sommes des gens responsables, qui n’aimons pas que des acteurs importants de notre activité perdent du pouvoir d’achat, et nous avons besoin de continuer à être attractif. A nous seuls, nous recrutons 120 000 saisonniers pour la vendange, un tiers des effectifs de tout le pays ! Sur ce dossier, comme sur celui des charges en 2012, le Syndicat se bat pour les vignerons de la Champagne, mais aussi pour les autres filières, même si nous sommes en première ligne. Cette suppression d’exonération de charges salariales va à son tour rapporter 20 millions d’euros supplémentaires à l’Etat ! Et qui paiera ? Les vendangeurs et les vignerons qui devront trouver des arguments pour rester attrayants.
L’incroyable et continue augmentation des charges sociales l’an dernier, comme l’attaque en règle contre le contrat vendange nous font nous rendre à l’évidence : la générosité ne paie pas. Plus vous payez, moins vous bénéficiez d’abattement. Pourtant, en Champagne, lors des vendanges, nous étions l’appellation qui rémunérait le mieux ses saisonniers. Faut-il y renoncer ? On ne peut quand même pas se targuer d’être la plus prestigieuse appellation du monde et mal payer nos vendangeurs !

Vous donnez le sentiment que c’est déjà joué, que l’Etat ne reviendra pas en arrière. Que se passera-t-il si ça continue comme ça ? Qui, demain, pourra reprocher à notre profession de tendre vers l’industrialisation et la mécanisation de la vendange ? Nous sommes contraints de travailler ces pistes. Pourtant, est-ce ce que l’on veut pour la Champagne ? Regardez ce qui s’est passé pour l’hébergement des vendangeurs. Au début des années 2000, les normes imposées ont été tellement draconiennes que la majorité des vignerons ont jeté l’éponge et cessé de loger leurs vendangeurs. L’Etat voulait soi-disant régler un problème de normes, imposer toujours plus. Mais le mieux est l’ennemi du bien. Voyez le résultat : on a créé une dizaine de nouveaux problèmes, qu’on ne sait plus régler. Et même si nous continuons de jouer le jeu, en nous montrant responsables avec un courrier de prévention pour les vendangeurs, l’Etat ne le co-signe plus comme par le passé. Nous sommes des professionnels responsables. J’ai l’impression que ça ne compte plus.
Je vais même aller plus loin : si demain l’Etat faisait machine arrière à propos des normes d’hébergement, en imaginant une souplesse parce que la vendange concerne beaucoup de monde sur une période très courte, il est possible que ce soit déjà trop tard. Il y a une dizaine d’années, les vignerons étaient prêts à dépenser de l’argent pour améliorer l’hébergement. Aujourd’hui, d’autres solutions sont en place. De même, j’ai bien peur que la perte d’attractivité qui résultera de cette attaque contre le contrat vendange soit elle aussi irrémédiable.

La réforme des droits de succession est un autre combat que vous menez à la tête du Syndicat… La pérennité d’un territoire repose sur celle des hommes qui l’habitent et en vivent, surtout dans des métiers comme les nôtres, non délocalisables. Pour assurer la continuité des exploitations, il nous faut de la lisibilité. Malheureusement, ça n’est pas le cas en matière de transmission. Conjuguée à une hausse du prix du foncier, l’évolution de la fiscalité successorale compromet la transmission et la pérennité des exploitations familiales de petite et moyenne tailles. La fiscalité doit mieux prendre en compte l’affectation pro-fessionnelle du foncier agricole et viticole et ne pas décourager le portage, familial ou non, dès lors que le foncier reste durablement attaché à une exploitation agricole ou viticole.

On a fait aussi de nombreux reproches à la filière Champagne en matière de protection de l’environnement ? Nous sommes conscients des efforts à faire, et nous progressons. Les vignerons vivent sur leur territoire et vivent de la nature. Ils sont les premiers impactés s’ils ne respectent pas cette nature. Via la certification viticulture durable en Champagne, nous montrons aussi que nous prenons nos responsabilités en anticipant sur les normes à venir. Faut-il rappeler que nos vignes poussent sur des coteaux incultes ! Sans nous, ces terres autrefois abandonnées ne rapporteraient rien.

« Ces quatre dernières années, le Syndicat s’est mobilisé pour les vignerons. Et on a l’impression de ne pas avoir été entendu. Aujourd’hui, on sort dans la rue parce qu’on est excédé. »

L’action de lobbying du Syndicat auprès des pouvoirs publics ne porte pas ses fruits ? Dans le cadre de l’action du Syndicat, nos démarches pour nous faire entendre restent trop souvent vaines. Alors même que dans certains dossiers, notre bon sens a prévalu. Je pense à la directive nitrates, par exemple, un dossier dans lequel nous avons obtenu ce que nous demandions. Pour rappel, la filière utilise très peu de nitrates, et la directive initiale prévoyait des contraintes sans commune mesure avec nos usages. Sur ce point, nous avons réussi. Sur les droits de plantation aussi, nous avons gagné un combat de longue haleine contre la Commission européenne, qui n’avait jamais reculé auparavant. Cette victoire était inimaginable. Mais ça n’est pas terminé, nous devons maintenant faire entendre notre voix pour que la France transpose les textes communautaires dans le sens souhaité.
Dans certains dossiers, nous savons convaincre. Dans d’autres, notamment en matière fiscale, sociale et environnementale, on ne nous écoute pas. Les vignerons ne supportent plus cette situation. Ils ne peuvent plus communiquer, puisque leurs vignes et leurs vins sont pratiquement devenus des sujets tabou dans leur propre pays. C’est une frustration supplémentaire. On ne laisse pas l’initiative, on ne nous laisse pas créer de richesse, et donc créer de l’emploi. Les vignerons savent créer de la valeur ajoutée, veulent participer aux efforts du pays, lutter contre le chômage, mais ils ont le sentiment que l’Etat les en empêche.

Avez-vous le sentiment que la filière est injustement traitée ? Je me pose la question. Pourquoi autant de méconnaissance, qui va jusqu’au mépris, vis-à-vis de nos professions ? On cherche à inscrire nos biens au Patrimoine mondial de l’Unesco, et la démarche ne vient pas d’un technocrate, elle vient de nous ! Et si le gouvernement français a choisi de retenir notre candidature pour la mener jusqu’au comité de l’Unesco, c’est bien que nous avons quelques qualités ! Bien sûr, il a pu y avoir des erreurs ou des torts, mais on corrige, et on avance, on construit.
Autrefois, nous nous battions pour conquérir. Aujourd’hui, il faut se battre pour se défendre. Est-ce logique ? •••



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