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Le dernier numéro

Article publié le 1er août 2011

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Les évolutions de la viticulture en Champagne

Les Champenois sont des « fils et petits-fils de pauvres ». Mais, en 70 ans, depuis la création du CIVC, grâce à une marche organisée et résolue vers la modernité, des changements viticoles considérables les ont portés vers la prospérité. Souvent courageuse, parfois audacieuse, la Champagne a su au cours de cette période rester ancrée dans son terroir et critique envers elle-même.

Le premier trait du changement viticole, le plus significatif, concerne son territoire. De la deuxième Guerre mondiale au début du XXIe siècle, l’emprise du vignoble a triplé. La surface en production passe de 11 242 ha en 1941 à 33 350 ha en 2010. Cette reconquête du milieu s’accompagne d’un changement du paysage. Dans les villages, friches et vergers cèdent progressivement la place à la culture de la vigne. Celle-ci s’étend simultanément vers le haut et le bas des coteaux. À partir des années 70, le remembrement intervient pour rationaliser l’exploitation foncière qui reste cependant marquée par une forte mosaïque parcellaire. Avec 280 000 parcelles, la Champagne « moderne » reste un grand jardin.

Un changement agronomique et technique

La production de raisins connaît un bond en avant formidable. Les rendements agronomiques moyens décennaux passent de 4 000 kg/ha à 15 000 kg/ha. Les aléas climatiques qui occasionnent parfois de très petites récoltes restent cependant nombreux. Citons les plus redoutés : le gel d’hiver et de printemps, la coulure, le millerandage, la grêle, ou encore la pourriture grise. L’augmentation du rendement dilue cependant inexorablement ces petites années dans les statistiques. Mais elle ne gomme pas l’inquiétude du vigneron, car les vignes « couchent toujours dehors ».

Résultat de prime abord surprenant, avec 15 000 kg/ha en moyenne, les raisins ont aujourd’hui des caractéristiques de maturité proches de celles des années 50. Les vendanges, reculées il y a 20 ans jusqu’au début du mois d’octobre, se déroulent de nouveau à la mi-septembre. Les grappes pèsent de 130 à 150 grammes. Elles ont doublé de poids et atteignent facilement la maturité recherchée pour la qualité du vin de Champagne.

Cette transformation est l’aboutissement de multiples progrès techniques. Mais, depuis la fin des années 80, un allié inattendu, le changement climatique, est venu accompagner cette évolution favorable. L’élévation moyenne des températures est de 1,5 ° C en 20 ans. Elle s’accompagne d’un climat qui favorise la production de notre viticulture septentrionale. Mais pour combien de temps ? Depuis les années 50, les pivots du changement technique ont porté sur le matériel végétal, la mécanisation et les intrants, avec l’essor de la chimie de synthèse. Il y a plus d’un siècle, la « révolution » phylloxérique transforme la vigne en foule en conduite en rang palissée. La mécanisation connaît alors son premier développement. Le cheval assure la force motrice. Mais, après la deuxième Guerre mondiale, le règne du tracteur enjambeur commence. D’abord mécanique, il est complété depuis les années 90 par la force hydraulique. La mécanisation et la chimie soulagent la dureté de la condition paysanne associée à un travail entièrement manuel. Les exemples de cette mutation sont nombreux.

L’entretien des sols, d’abord mécanisé avec le labour à cheval, connaît sa deuxième révolution dans les années 70. C’est l’arrivée du désherbage chimique. Il va régner en maître pendant 30 ans. D’autres opérations manuelles se mécanisent, comme l’écimage, le rognage ou l’effeuillage. Mais, de nombreuses opérations restent presque totalement manuelles, comme la taille, le liage, le relevage, le palissage et la cueillette. Depuis une vingtaine d’années, la pénibilité est allégée grâce à l’assistance mécanique ou électrique. La prétaille mécanique, les pinces et sécateurs électriques, donnent un peu de confort à des interventions souvent réalisées dans le froid et l’humidité. L’inventivité et la technologie foisonnent pour lutter contre les gelées de printemps. La protection sanitaire du vignoble connaît également ses heures de gloire. Les pulvérisateurs modernes apparaissent. Ils sont d’abord à jets projetés, puis portés et pneumatiques. L’augmentation de la puissance des tracteurs permet cette diversification. Même l’hélicoptère entre dans la danse et rend de fiers services sur les coteaux les plus pentus.

À partir de la fin des années 60, grâce aux produits issus de la chimie de synthèse, c’est momentanément le rêve d’un contrôle quasi-total des fléaux parasitaires. Sur le plan de la nutrition, la chimie permet également le développement des engrais minéraux et des chélates de fer. Ceux-ci corrigent et dopent la fertilité des sols. Il en va de même pour les composts urbains. Mais, la part croissante de composés inertes et la dégradation visuelle qui accompagne leur emploi entraînent leur interdiction au milieu des années 90. Enfin, dernier pivot du changement technique, le matériel végétal. Au sortir de la deuxième Guerre mondiale, presque chaque village a son pépiniériste. Leurs sélections massales accompagnent l’accroissement des rendements. À partir des années 60, la Champagne, conjointement avec la Bourgogne, organise la sélection clonale. Le CIVC met alors en place à Chouilly un domaine expérimental baptisé Plumecoq. Un deuxième site expérimental est créé à Essoyes au début des années 90. En parallèle de la sélection des clones, des conservatoires et collections génétiques ont été constitués afin de répondre aux besoins du futur.

L‘organisation professionnelle au cœur de la technique

La Champagne est admirée de l’extérieur. Elle impressionne souvent par sa réussite qui est en grande partie attribuée à l’efficacité de son organisation. C’est le cas du domaine technique car il illustre la manière avec laquelle les Champenois ont su garder leur destin en main en transformant des adversités en opportunités. Deux leviers originaux ont servi de tremplin : les grands programmes interprofessionnels et le déploiement de réseaux humains et techniques.

Les grands programmes viticoles du CIVC s’inscrivent dans le prolongement de la modernisation œnologique des années 60-80. En 1987, une Charte de qualité est élaborée. Elle met en particulier l’accent sur la maturité. Les hauteurs de rognage sont augmentées et l’organisation de dates de vendange s’appuiera dorénavant sur des réseaux maturation communaux. On fait désormais davantage confiance au densimètre qu’à la lune pour décider de la date de cueillette ! Au début des années 90, deux programmes, le zonage et Viti 2000, propulsent la Champagne vers de nouveaux défis : la connaissance moderne des terroirs et la gestion de l’environnement. Les sols sont cartographiés et de nouveaux moyens techniques sont déployés, comme un réseau de 38 stations climatologiques automatiques.

Progressivement, le conseil technique s’enrichit. Le logiciel Vitisol fédère les expertises pour l’interprétation des analyses de terre. Des modèles permettent de décrire les potentiels physiologiques (montre et poids des grappes). Équipée en capteurs de pollen depuis la fin des années 80, la Champagne dispose d’une panoplie complète d’outils de prévision du volume de la récolte. Sur le plan sanitaire, les changements et les progrès s’accumulent. Des modèles de prévision du risque maladie (mildiou) sont élaborés. Les typhlodromes sont préservés et permettent dans la décennie 90 d’économiser deux interventions acaricides spécifiques. Pour la lutte contre les vers de la grappe, la confusion sexuelle prend son essor au milieu des années 90. La Champagne devient la région leader au niveau national dans ce domaine.

Début 2001, la Champagne fait le choix d’une orientation collective vers la viticulture durable et les équilibres naturels. Un plan global de gestion de l’environnement est mis en œuvre. Il vise la préservation des terroirs, la qualité de l’eau et la baisse des consommations énergétiques. Les changements vers la durabilité se multiplient. Le plus visible est le développement de l’enherbement.

Le deuxième atout de la Champagne réside dans ses réseaux humains. À côté des correspondants communaux de l’AVC, sont créés à la fin des années 80 trois GDV départementaux. Début 1990, c’est le lancement de Magister. Les réseaux se densifient avec les chambres d’agriculture, les maisons de Champagne, les coopératives et les techniciens privés. De multiples actions collectives sont ainsi coordonnées  : suivi maturation, confusion sexuelle, protection raisonnée, aménagements hydrauliques, etc.

Et loin de se reposer sur ses lauriers, la Champagne continue sur sa lancée. L’organisation et les programmes du futur, auxquels le CIVC contribue, sont déjà en marche. Ils se nomment vignes à écartements semi-larges, viticulture de précision, classement au patrimoine de l’Unesco, révision de l’aire d’appellation…

••• Pôle technique et environnement du CIVC


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