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Le dernier numéro

Article publié le 13 octobre 2009

Le compromis et le respect de l’engagement

2009   : une superbe récolte, qu’on n’avait osé espérer après un début d’été plus qu’humide. Saint Vincent a été, une fois encore, au rendez-vous  : une vendange saine, généreuse, pour produire des vins de qualité, essentiels pour conquérir ou reconquérir nos consommateurs.

2009, c’est aussi une négociation interprofessionnelle particulièrement ardue. Mais c’est finalement dans ces périodes de crise que cette négociation trouve toute sa valeur  : dépasser les préoccupations des uns et des autres afin d’assurer la pérennité de l’AOC, c’est-à-dire la préservation des équilibres champenois. La tradition centenaire de l’accord entre les professionnels du champagne, sans intervention de l’Etat, a été préservée. Nos deux familles ont prouvé leur capacité à gérer notre AOC. Même si chacun d’entre nous (vignerons et négociants) a l’impression que ses intérêts n’ont pas été totalement pris en considération, le compromis reste malgré tout, pour toute la Champagne, la moins mauvaise solution.

Cet équilibre suppose la préservation des exploitations viticoles et des maisons, d’abord à court terme  :

– Au vignoble, les 9 700 kg doivent nous permettre d’amortir autant que possible la baisse de revenu de 2010, voire 2011 et d’assurer, grâce à l’accompagnement de différents acteurs, le maintien des exploitations. Surtout, l’équité est préservée entre tous les vignerons  : en 2010, 9 700 kg/ha seront payés aux vendeurs de raisins et 9 700 kg/ha seront tirés par les vendeurs de champagne.

– Nous devons aussi tout faire pour préserver, voire renforcer, la pluralité des négociants car la concentration est une menace pour le vignoble, particulièrement dans ces temps difficiles. Cette situation n’est pas nouvelle. En 1952, Jean Nollevalle écrivait, dans La Champagne Viticole, «  récemment encore, les négociants […] se battaient pour ramasser les fonds de cave, suppliaient pour obtenir l’augmentation des plantations. Aujourd’hui, certains voudraient nous faire croire qu’ils «  n’ont pas besoin de nos prunelles  » et qu’ils vont attendre la chute des cours  !  » Un an plus tard, il soulignait qu’«  aucun vigneron champenois ne doit ignorer le rôle capital que la trésorerie du négoce joue dans notre économie viticole   ».

– L’accord comporte aussi des conditions de paiement particulières. On a dit que c’était du «  jamais vu  ». En fait, depuis que l’interprofession existe, le paiement en cinq échéances a déjà été mis en œuvre sept fois, 2009 étant la huitième. Le décalage de paiement n’est pas non plus une nouveauté  : en 1995, la dernière échéance avait été réglée en juin 1997  ! Comme cette année, ces aménagements répondaient à la nécessité de trouver une solution adaptée à la situation du moment. Jamais de gaieté de cœur, mais toujours avec sagesse. Pour autant, dans cette période difficile pour la trésorerie des opérateurs, il est logique que le vignoble cherche à trouver des solutions. Des structures coopératives accompagnent leurs adhérents vignerons pour les aider à faire face à leurs besoins de trésorerie. Ce n’est pas nouveau. Elles l’ont toujours fait car c’est justement leur rôle  : soutenir leurs adhérents. La coopération est la mise en commun de moyens par des Hommes qui se sont regroupés et non une relation d’acheteur à vendeur. Il est entendu que les cinq échéances seront respectées dans le cadre des contrats signés entre les coopératives et le négoce.

Cet accord doit également permettre au vignoble, à moyen terme, d’éviter une baisse excessive des disponibilités qui l’aurait obligé à renoncer à des ventes et à libérer des marchés gagnés depuis quelques années grâce au dynamisme commercial du vignoble et à la qualité croissante des cuvées.

Mais à moyen terme, la négociation de cette année a marqué un net changement de cap  : la finance, totalement étrangère à la réalité champenoise, s’est invitée à la table interprofessionnelle. Cela a altéré la relation de confiance entre vignoble et négoce. Ce dernier est-il encore capable d’envisager la Champagne à moyen ou long terme ou compte-t-il piloter les yeux rivés sur le CAC 40 et ses ratios de trésorerie  ?

Je ne suis pas étonné que de jeunes vignerons s’insurgent contre cette situation et la dénoncent avec vigueur  : quel avenir peuvent-ils espérer construire avec un partenaire qui change de cap à 180° d’une année sur l’autre  ? Ils expriment là un sentiment largement répandu en Champagne, y compris chez leurs ainés.

En 1995, Yves Bénard, président de l’UMC, déclarait à l’assemblée générale de l’AVC  : «  Restons des artisans, des artistes, des hommes de la vigne et du vin et ne devenons pas des industriels de l’agroalimentaire   ».

L’accord interprofessionnel est un contrat de confiance. 2009 a fragilisé cette relation historique entre vignoble et négoce. Il est plus que jamais nécessaire de la reconstruire. En 2010, le négoce devra démontrer au vignoble que cette profession de foi proclamée par les maisons en 1995 reste de mise.

Patrick Le Brun, Président du SGV

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