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Le dernier numéro

Article publié le 9 février 2010

Parution du mois

« La régulation des marchés agricoles est insuffisante »

Droits de plantation, PAC, nouvelles mentions, taux d’alcoolémie, marges de la grande distribution… Les dossiers liés à la filière viticole sont nombreux sur le bureau de Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture. Aussi était-il nécessaire de faire un point sur les principales préoccupations des viticulteurs français.

Vous avez affirmé récemment que des instruments de régulation de la production, et dans le secteur viticole, les droits de plantation, devaient être maintenus. Quelles sont les initiatives que va prendre la France au niveau communautaire pour convaincre ses partenaires  ?

Vous le savez, je considère qu’une partie de la crise actuelle vient de ce que la régulation des marchés agricoles européens et mondiaux est insuffisante. Dans le secteur viticole, cette régulation est assurée essentiellement par le mécanisme des droits de plantation. En premier lieu, il faut étudier objectivement et dans le détail, les conséquences que pourrait avoir la suppression de ces droits dans nos régions et dans les Etats producteurs européens. C’est la raison pour laquelle j’ai confié à Catherine Vautrin de mener dès le mois de janvier prochain une mission sur ce sujet. Nous en tirerons les conséquences, pour mener notamment les démarches nécessaires, qui sont des démarches diplomatiques auprès de nos principaux partenaires et créer un «  front commun  ». C’est ma méthode constante  : il nous faut convaincre nos partenaires du bien-fondé de nos positions avant de les porter au niveau communautaire.

La filière viticole va bénéficier en 2009-2010 de 226 millions d’euros de crédits communautaires. Quelles sont pour vous les mesures prioritaires et soutenez-vous la demande des producteurs européens de vin à AOC de rendre éligible la promotion sur le marché intérieur  ? Si oui, comment comptez-vous convaincre les autres Etats membres et la Commission  ?

Il y a trois mesures qui me paraissent emblématiques pour la compétitivité de la filière. Tout d’abord, la restructuration du vignoble, qui n’est pas seulement une mesure globale d’amélioration de la qualité du vignoble. En infléchissant la répartition des cépages sur les surfaces ou en perfectionnant les modes de conduite, elle permet d’adapter l’offre à une demande toujours plus exigeante en qualité et qui fait de l’affichage du cépage un des premiers critères d’achat. La deuxième mesure, c’est le soutien aux investissements, qui constitue un moyen privilégié de maintien de la qualité de nos vins. La modernisation des techniques accroît la fiabilité des outils, ce qui assure une plus grande régularité de chacun des vins. Enfin, la promotion sur les marchés des pays tiers était une mesure très demandée par l’ensemble de la filière et les exportateurs, en raison du potentiel de ces marchés. Je crois légitime l’extension de cette mesure au financement des démarches promotionnelles sur le marché intérieur. Mes services et FranceAgriMer sont mobilisés pour préciser, avec la profession, la demande qui sera présentée à la Commission au cours du premier trimestre 2010. J’aurai pris, dans le même temps, les contacts nécessaires avec les Etats membres concernés. Mais j’insiste sur le fait que cette demande devra s’insérer dans une stratégie nationale globale de promotion de nos produits, qu’il s’agisse du marché communautaire ou des pays tiers.

Les vignerons français sont inquiets face à la multiplication de nouvelles mentions que veulent imposer les pouvoirs publics sur l’étiquette des vins et notamment la contenance en alcool dans le prochain projet de loi de santé publique. Quelle est votre position  ?

Ma position est pragmatique. Aujourd’hui, le consommateur est soucieux d’avoir une information précise. Cette information n’est d’ailleurs pas nuisible à la commercialisation, bien au contraire. Par ailleurs, je note que la mention de la contenance en alcool est l’unique nouvelle mesure concernant les produits alcoolisés figurant au plan cancer. C’est très positif. Le plan cancer inscrit notre politique de santé publique vis-à-vis de l’alcool dans le concept de modération, et je m’en réjouis. Mais ces nouvelles prescriptions d’étiquetage doivent prendre en compte les contraintes particulières des opérateurs. C’est pourquoi cette prescription du plan cancer sera mise en œuvre progressivement, après un dialogue avec tous les acteurs concernés.

Le Haut conseil de la santé publique a réaffirmé il y a quelques mois son soutien au concept de modération en matière de lutte contre l’alcoolisme. Mais on évoque dans le même temps un glissement vers le taux zéro. Soutenez-vous le maintien du taux d’alcoolémie à son niveau actuel  ?

La santé publique est une priorité du Gouvernement dont chacun aujourd’hui mesure l’importance. Mais il ne s’agit pas de basculer dans une quelconque prohibition. A cet égard, je félicite la filière, rassemblée sous la bannière de « vin et société », pour sa mobilisation dans une politique préventive, pour une consommation responsable. Les modes de consommation ont évolué et il faut s’en réjouir. Je reste très vigilant à ce que chacun puisse faire valoir son point de vue sur l’ensemble de ces sujets.

Comme pour le lait, les fruits et légumes ou la viande, les vignerons vendent en France à bas prix et c’est la grande distribution qui se fait l’essentiel de la marge. Et comme leurs ventes dans les autres circuits sont en forte baisse, ils ne s’en sortent plus. La viticulture française, vu notamment son importance concernant l’aménagement du territoire, n’est-elle pas condamnée à terme si on continue ainsi  ? Quelle solution envisagez-vous pour résoudre ce problème de fond  ?

La viticulture doit évidemment avoir des perspectives d’avenir, non seulement parce qu’elle est très importante pour l’aménagement de notre territoire, parce qu’elle fait partie de notre patrimoine culturel, mais aussi parce que c’est un secteur économique de tout premier plan. Plusieurs mesures dans la Loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche permettront d’équilibrer les relations commerciales et le partage de la valeur ajoutée  : l’observatoire des prix et des marges sera renforcé  ; les contrats deviendront la règle entre producteurs, industriels et distributeurs. Mais la viticulture française doit aussi aller chercher les marchés à la hauteur de son importance. Il faut aujourd’hui partir des attentes du consommateur et donc faire l’analyse de la demande. Nous devons, pour ce faire, travailler à la structuration professionnelle et interprofessionnelle, à la mise en commun de moyens, notamment promotionnels et en matière de recherche-développement. Le 18 novembre dernier, j’ai donc demandé à la profession de me faire, sur ces sujets, des propositions dans les trois mois à venir. Je sais que le travail est engagé en région et je m’en réjouis. Je pense qu’il existe un marché pour chacun de nos vins. Mais chacun doit trouver l’adéquation entre le produit qu’il met sur le marché et la valorisation qu’il peut en tirer, en particulier sur le marché international. Des choix stratégiques s’imposent. Je verrai les négociants viticoles début janvier pour discuter des modes de contractualisation que nous pouvons développer afin d’inciter les viticulteurs à opérer des choix d’avenir pour leur production.

On évoque un nouvel élargissement de missions de l’INAO dans le cadre de la prochaine LMAP (Loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche) et la reconnaissance de nouveaux signes distinctifs de la qualité et de l’origine, notamment dans le domaine de l’environnement. Ne pensez-vous pas que la priorité doit plutôt être donnée à l’intégration de normes respectueuses de l’environnement dans les signes distinctifs actuels et que la multiplication de nouveaux signes pourrait conduire à la confusion dans l’esprit des consommateurs  ?

Le projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche ne remet aucunement en cause les principes fondamentaux sur les signes officiels de qualité. Il n’y aura pas de nouveau signe de qualité. En revanche, il est vrai que de nombreux organismes de défense et de gestion (ODG) de produits sous signes de qualité souhaitent introduire dans leurs cahiers des charges le respect de dispositions environnementales, qu’elles soient liées ou non aux conditions de production. Le projet de loi prévoit donc pour tout ODG qui le souhaiterait, sur une base volontaire, de fixer, après validation de l’INAO, des prescriptions environnementa-les en parallèle du cahier des charges d’un produit sous signe de qualité, par exemple dans un guide de bonnes pratiques. C’est à cette fin que les compétences de l’INAO seront élargies. Naturellement, nous veillerons à ce que cette disposition soit discutée au niveau communautaire pour qu’elle soit intégrée à la politique européenne de qualité.

••• Propos recueillis en collaboration avec L’Union Girondine des vins de Bordeaux, La Revue des vins d’Alsace et Le Vigneron des Côtes du Rhône


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