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Portrait

Article publié le 7 août 2013

Jacques Dupont, « Invignez-vous ! »

« Invignez-vous !  », le dernier ouvrage de Jacques Dupont, journaliste et chroniqueur vin, est une critique au vitriol de la loi Évin. Il revient sur les conditions de son adaptation, le rôle du lobby médical et fait le constat de son échec sur la lutte contre l’alcoolisme en France. Ce livre est aussi un hymne à la viticulture et aux hommes et femmes qui la font vivre. Entretien.

Champagne Viticole : Vous dénoncez l’absurdité de la loi Évin, adoptée en 1991. Pourquoi aujourd’hui ?

Jacques Dupont : J’invective ce texte depuis de nombreuses années dans les pages vins du Point. Un livre présente un intérêt supplémentaire, il pose le débat définitivement. La situation économique s’y prête aussi. Dans un contexte difficile, les entreprises viticoles françaises se montrent dynamiques à l’exportation. La viticulture représente la seconde rentrée de devises, juste derrière l’aéronautique et devant l’ensemble de l’agroalimentaire. Pourtant, quand un Président de la République se déplace avec des chefs d’entreprise français à l’étranger, il n’emmène pas de vignerons. Il est temps de soutenir le secteur au lieu de le dénigrer constamment.

CV : D’où vient cette absence de considération, selon vous ?

JD : Nos dirigeants, et une partie du corps social, ne retiennent que la molécule «  alcool  » dans le vin. Ils occultent la dimension culturelle de la boisson. Les responsables politiques espagnols ont fait faire la différence : ils ont hissé le vin au rang de produit culturel.

CV : Vous revenez aux origines des associations anti-alcools en France. En quoi constituent-elles un éclairage de la situation actuelle ?

JD : Les premières lois condamnant l’ivresse publique ont été votées en France en 1871. Un an plus tard, l’Association nationale contre l’abus des boissons alcoolisées voyait le jour. Deux événements majeurs ont joué un rôle déterminant. D’abord, le phylloxera qui entamait sa croisade mortelle depuis le Midi. Le vin commençant à manquer, la consommation d’alcools de distillation prenait le pas sur ce dernier. Ensuite, la défaite des troupes françaises contre la Prusse en 1870, suivie du soulèvement des Parisiens devant les canons ennemis. Devant la peur de la «   populace   » et, pour expliquer la débâcle militaire, les notables et les médecins d’alors trouvaient, dans l’alcool, le coupable idéal. Le mouvement hygiéniste et antialcoolique, qui naît à cette époque, dénonçait les conséquences sans jamais s’attaquer aux causes. L’adoption de la loi Évin procède du même schéma. Elle ne prend pas le problème à bras-le-corps.

CV : Vous mettez en avant le rôle du lobby médical dans l’adoption de cette dernière, de quelle manière s’est-il exercé ?

JD : Il a pratiqué une pression sans relâche sur le politique. D’ailleurs, le véritable artisan de cette loi se nomme Claude Got, médecin, professeur, spécialiste de l’accidentologie et expert de la sécurité routière. Il a participé à tous les meetings politiques de gauche comme de droite. Avec ses amis, ils ont même menacé de dénoncer les hommes politiques comme favorables au lobby alcoolier lorsque ceux-ci refusaient de les écouter. Il a également tissé des liens au sein du ministère de la Santé du temps où il était membre du cabinet de Jacques Barrot, alors en charge de la santé. Pour faire entendre leur voix, les hygiénistes ont agi à l’extérieur et à l’intérieur de la sphère politique. Laquelle s’en est remise à eux pour définir les contours de la loi Évin. À aucun moment, les vignerons n’ont été associés à la réflexion. L’expertise médicale s’est substituée au vote démocratique. C’est le renoncement du politique.

CV : Vous dénoncez aussi le mode de pensée des «  Claude Got  » et consorts. Sur quoi repose-t-il ?

JD  : L’idée que les citoyens, les jeunes en particulier, n’ont pas les ressources intellectuelles nécessaires pour percevoir ce que cache un message publicitaire, par exemple. Ils ont besoin de guides, d’«  êtres supérieurs » qui pensent à leur place et ne sauraient être contredits. On déresponsabilise le commun des mortels plutôt que l’éduquer. Le logo destiné aux femmes enceintes participe au même mépris. Deviendront-elles sobres ou abstinentes parce qu’elles ont vu ce logo  ? Je n’y crois guère… Même chose pour le «  à consommer avec modération.   » Les jeunes boiront-ils moins en le lisant  ? C’est peu probable. Mais, il est plus facile d’interdire et de réprimer que d’éduquer. À cet égard, la loi Évin est un échec car elle n’a pas fait reculer l’alcoolisme depuis son adoption. Pis, chez certains jeunes, la consommation d’alcool a pris une forme violente favorisée, au passage, par les interdits.

CV : Que diriez-vous aux vignerons qui se disent comparés à des «  dealers de drogue  » ?

JD : Ils ne doivent pas laisser dire ce qui est un mensonge. Ils doivent prendre conscience qu’ils représentent 2 000 ans d’histoire de France. La vigne et le vin sont présents dans la littérature, la peinture, la musique… Ils sont les héritiers de ce patrimoine et d’un art de vivre à la française que le monde entier nous envie. On ne peut nier tout cela ! Qui plus est, sans la vigne, c’est la friche assurée dans de nombreuses régions françaises et la disparition des paysages qui en font la beauté et la vie !

CV : Dans «   Invignez-vous !   », vous formez aussi un vœu…

JD : Hubert Sacy, le président d’Educ’Alcool [1] au Québec, ne comprend pas la position des pouvoirs publics français. Il pense que notre richesse viticole, la multiplicité de nos appellations sont un formidable outil culturel qui permet d’élever les mentalités, d’ouvrir les débats et d’éclairer les jeunes. Alors, pourquoi ne pas imaginer une grande fête du vin à Paris entre les Champs Elysées, la Concorde et l’Arc de Triomphe ? « Bordeaux fête le vin » a ouvert la voix. Au Québec, où elle a été dupliquée, elle connaît un succès sans précédent. Les Québécois réclament même une édition supplémentaire ! C’est un exemple à suivre.

* le programme Educ’Alcool, conduit au Québec, sensibilise les jeunes aux abus liés à la consommation d’alcool. Dans cette province, l’alcoolisme est plus faible qu’ailleurs dans le pays.


[1] * le programme Educ’Alcool, conduit au Québec, sensibilise les jeunes aux abus liés à la consommation d’alcool. Dans cette province, l’alcoolisme est plus faible qu’ailleurs dans le pays.


Informations compl�mentaires :

Biographie : Jacques Dupont est le concepteur des pages Vins de l’hebdomadaire Le Point. Critique vin, il sillonne les vignobles français à longueur d’année. « Invignez-vous ! » paraît aux éditions Grasset (9,90 €) chez lequel il a également publié «  Choses bues  » (2008) et «  le Guide des vins de Bordeaux » (2011).


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