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Portrait

Article publié le 30 janvier 2015

Isabelle Mathieu-Jacob et Michel Jacob, champagne Serge Mathieu, à Avirey-Lingey

Le message à caractère informatif lisible sur la page d’accueil du site du champagne Serge Mathieu donne le ton  : «  Attention  !!! Nos champagnes de très grande qualité sont élaborés à partir de raisins issus d’une viticulture écologique. Leur consommation pourrait entraîner un excès de plaisir et de bonheur auxquels vous n’êtes plus habitués. Consommer avec modération.  » Plus sérieusement, le site en question (champagne-serge-mathieu.fr) est disponible en trois langues  : anglais, allemand et italien. Suffisamment rare pour être souligné. Les animations graphiques du site internet ou encore la mention d’interdiction de consommer faite aux… dinosaures, sise sur la contre-étiquette d’une bouteille, en disent aussi long sur l’état d’esprit de Michel Jacob, responsable de l’exploitation, et de son épouse Isabelle, fille de Serge Mathieu.

Installé à Avirey-Lingey, sur les coteaux les plus méridionaux de l’appellation, le champagne Serge Mathieu occupe 11 ha tous situés sur la commune de la Côte des Bar, à environ 40 km au sud-est de Troyes. Les parcelles sont diversement orientées, mais jamais au sud, et toisent à 300 m d’altitude. Il n’y a pas que le vigneron qui transmet son caractère au vin. Le pinot noir, majoritaire, collabore.

Les premières traces des Mathieu dans les vignes, sur ce terroir, remontent à loin. «  On trouve des Mathieu vignerons sur le finage d’Avirey-Lingey dès 1765, et encore, nous n’avons pas pu aller au-delà  », explique Isabelle Mathieu-Jacob. Sept générations se sont succédé, toutes vendeuses de raisin au négoce. Jusqu’en 1958, quand Serge Mathieu choisit un métier qu’on ne disait pas d’avenir. Il commence à vinifier en 1970. Des 5 000 bouteilles les premières années, la production grimpe vite à 40 000 cols, vendus majoritairement en France.

En 30 ans, les parts de marché national et export se sont inversées

Isabelle a rejoint l’exploitation en 1990. L’export commence alors. «  C’était facile, on était seul à y aller, raconte-t-elle. J’avais fait des études de langues, anglais et allemand. Je partais avec la Renault Super 5, l’importateur était très étonné de me voir arriver, à Cologne ou ailleurs. Je lui parlais dans sa langue, si le produit était bon, on faisait affaire, et l’année suivante, il ne cherchait pas à aller voir ailleurs. Avec ce monsieur de Cologne, on a travaillé jusqu’à sa mort.  » «  Quand Isabelle arrivait à destination, l’importateur lui disait d’appeler ses parents pour dire qu’elle était bien arrivée  », sourit Michel Jacob.

Allemagne, Royaume-Uni, pour commencer, puis l’Italie. «  On faisait Vinexpo, c’était abordable, on était moins nombreux que maintenant, on y a fait de très beaux clients  », poursuit Isabelle. «  À l’époque, on vendait à 60 % l’export, précise Michel. On a dû passer les 90 %… »
De l’exploitation naissent aujourd’hui 90 000 bouteilles dont 90 %, donc, partent à l’export et même au très grand export. Sans avoir forcément cherché à cultiver l’image du vigneron installé au bout du monde, Isabelle et Michel Jacob reçoivent, tout le temps, par tous les temps, et de partout. «  Nous sommes très fiers de vendre la moitié des bouteilles de champagne expédiées à Katmandou, au Népal, puisque nous représentons 360 bouteilles sur les 720 vendues là-bas, chiffres CIVC, s’exclame Michel Jacob. Nos clients népalais sont les seuls à ne jamais être venus jusqu’ici. Tous les autres, de Singapour, de Nouvelle-Zélande, de Grande-Bretagne, d’Afrique du Sud, des États-Unis… Tous sont venus nous rencontrer. C’est une chance, ils viennent nous voir. Et nous, non, on n’y va pas.  » Et comment feraient-ils  ?

En plus des 11 ha réservés à la manipulation maison, les époux Jacob exploitent 8 autres ha destinés à la vente au kilo, avec au total dix salariés permanents. Sans revendiquer l’étiquette, le vignoble Serge Mathieu ne connaît ni herbicide, ni insecticide, ni acaricide. «  Tout est labouré, et même une petite partie à cheval, c’est pour le fun, parce qu’on a une fille qui monte, raconte Michel Jacob. On termine à la main, à la raclette. La dimension écologique est importante chez nous, une viticulture à la c…, pardonnez-moi l’expression, parce qu’elle est dévoreuse d’hommes  », ironise-t-il. Le développement durable ne compte pas  ? Détrompons-nous, l’exploitation est HVE2 et 3 (haute valeur environnementale) et labellisée Terra Vitis  ! «  Les 125 critères du référentiel viticulture durable en Champagne, on les remplit. La pensée écologique, chez nous, elle est permanente, mais pas obsessionnelle. En revanche, on ne s’arrête pas aux vignes. Dans les bâtiments, en production, aux bureaux… Quand on construit, on choisit des matériaux bio. La pensée est omniprésente. Nous considérons que cela fait partie, entre guillemets, du cahier des charges qu’il faudrait avoir, si possible, en Champagne.  »

Formé comme un viticulteur chimiste, Michel Jacob se dit «  capable de plaquer une molécule chimique pour résoudre n’importe quel problème  ». En 1995, « à l’époque merveilleuse où l’on mettait du désherbant au mois de mars, où l’on ne voyait plus un seul brin d’herbe jusqu’en février suivant, je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. J’ai fait partie des premiers à enherber les vignes. L’objectif, c’était de dire «  qu’est-ce qui fonctionne de façon empirique, et que peut-on remettre dans une viticulture moderne  », à travers les constatations qu’avaient fait les anciens.  »

Excellence et export, les clés

Une conversation avec le journaliste britannique spécialisé Michael Edwards convainc Michel Jacob de retourner au labour, «  qui peuvent rendre au vin du fruité et de la finesse, mais sans lourdeur, et dans notre gamme, on a aujourd’hui un vin 100 % pinot noir qu’on n’aurait pas pu faire il y a vingt ans, il aurait été extrêmement puissant, lourd, et je suis convaincu que c’est parce qu’on est revenu au labour qu’on est capable de le faire maintenant  ». En revanche, côté rendement, «  on en a pris un sacré coup dans la musette  », s’amuse, ou pas, Michel Jacob. «  On fait l’appellation, mais le bloqué, c’est plus dur.  »

« Après avoir pratiqué deux viticultures aux antipodes l’une de l’autre en une vingtaine d’années, moi, je ne sais toujours pas ce qu’il faut faire, poursuit Michel Jacob. Il faut être vachement prétentieux pour dire  : «  Cette viticulture-là, ou celle-ci, c’est la bonne.  » En revanche, je crois que travailler un sol, labourer, dans l’idée de le faire revivre, parce qu’il va s’y passer quelque chose, parce qu’on va y gagner en minéralité, je crois que c’est du bon sens. Mais attention, ça peut être très subjectif. Parfois, on en a tellement bavé pour mettre en place une idée, une pratique, qu’on peut être tenté de vouloir à tout prix la couronner de succès.  »

La suite, chez Serge Mathieu, s’envisage dans la continuité. Entendre  : continuer à faire progresser la qualité des vins. «  Le marché français est devenu très compliqué, et si on veut continuer à vendre, il faut miser sur l’export, et sur ces marchés, l’excellence prime. On a éduqué les professionnels et les consommateurs, alors ils veulent du bon. Le retour aux bonnes pratiques, au terroir, ça a été vraiment un plus pour la commercialisation, d’abord en France, puis ensuite à l’étranger, où ça a essaimé.  » Le bouche-à-oreille a si bien fonctionné que le champagne Serge Mathieu s’est retrouvé sur le marché du grand export. «  Ça n’est pas simple, il faut être prêt, lâche Michel Jacob. Travailler en Russie ou au Kazakhstan…  » Isabelle Mathieu-Jacob coupe, tout en souriant  : «  Je ne le souhaite à personne  !  » «  Nous on le fait, poursuit Michel, mais cela n’est pas facile. Les réglementations sont différentes, l’approche est différente. Il ne faut pas oublier un point très important  : quand on vient nous voir ici, de loin, quand nos Kazakhs sont venus, parce que même eux, ils sont venus, les exotiques, c’est nous.  »



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