La Champagne Viticole Candidature UNESCO

 

24 novembre 2017 accueil Accueil >  Le dernier numéro  > Expéditions de champagne 2013 : Focus sur des marchés qui bougent
Pique-nique chez le vigneron indépendant • Arocu : "les notes florales et fruitées dans les vins de Champagne" • Jeunes talents du champagne : inscription avant le 30 mai • Concours européen des ambassadeurs du champagne : les inscriptions sont ouvertes ! • 30 mai : prêts pour la Champenoise ? • Centenaire 14-18 : concert à Ville-sur-Tourbe • Vert-Toulon : randonnée le 1er mai • Exposition : des éventails "esprit de champagne" • Concours d'Epernay des champagnes du vignoble : une nouvelle catégorie ! • L'AG du SGV : mardi 14 avril au Millésium
R�duire la taille du texte Agrandir la taille du texte Imprimer cette page

Le dernier numéro

Article publié le 23 mai 2014

Parution du mois

Expéditions de champagne 2013 : Focus sur des marchés qui bougent

Le climat est morose chez nous, certes, mais des motifs de satisfaction se font jour pour le champagne quand on observe la cartographie et les statistiques de sa consommation dans le monde. C’est vrai dans ce qu’on appelle les pays tiers et la vieille Europe. D’après les chiffres établis par le CIVC, les résultats en volume et en valeur réalisés sur plusieurs de ces marchés affichent des progressions encourageantes. Des évolutions positives qui profitent aussi aux vignerons. À condition, bien sûr, d’oser l’export et d’accrocher les bons wagons. Petit tour d’horizon (non exhaustif) de ces pays où le champagne affiche une belle santé !

La Belgique qui, fin 2012, s’était faite chiper par le Japon la quatrième place des pays importateurs de champagne dans le monde n’est pas parvenue à retrouver ce rang dans le classement officiel 2013 établi par le CIVC, publié ce printemps. Mais elle reste bien calée dans le top 5, loin devant l’Australie et l’on peut penser qu’elle n’a pas dit son dernier mot dans ce mano à mano engagé à distance avec l’empire du Soleil Levant. En effet, avec les belles performances enregistrées au cours du dernier exercice, la patrie du roi Philippe enregistre un rebond très net avec un total de 9,525 millions de bouteilles expédiées, soit 1,180 million de cols supplémentaires par rapport à 2012 (+ 14,2 %). Les Belges auraient-ils voulu saluer dignement l’investiture au cœur de l’été dernier de leur nouveau souverain, une coupe à la main  ? La tendance à la reprise a été manifeste tant du côté des maisons que chez les vignerons. Ces derniers ont frôlé cette fois le million de bouteilles expédiées (988 936, pour être précis), ce qui constitue une prouesse historique. Au cours de la dernière décennie, le record à l’export réalisé Outre-Quiévrain avait culminé à 873 427 bouteilles (en 2004). Dans le même temps, les coopératives champenoises marquent le pas, en retrait constant depuis 2010, année où elles avaient expédié en Belgique 1,29 million de bouteilles, prenant alors près de 15 % des parts de marché. Aujourd’hui, ce score est pratiquement divisé par deux, avec 676 500 cols recensés, pour une vingtaine d’opérateurs.

Mais on le sait, nos voisins belges aiment toujours autant venir s’approvisionner directement dans les caves champenoises (entre 4 et 5 millions de bouteilles vendues, selon des estimations) et ces achats auprès des différentes familles de producteurs ne sont pas pris en compte dans les statistiques « export ». Si elles pouvaient l’être, il ne ferait guère de doute que la Belgique dépasserait le Japon, et certainement aussi l’Allemagne, actuellement troisième sur le podium international (avec 12,3 millions de bouteilles expédiées) derrière l’indétrônable Royaume-Uni (30,8 millions) et les États-Unis (17,8 millions), en redémarrage.

Il convient en outre de noter qu’en 2013, la Belgique n’a pas fait que retrouver du dynamisme en volume puisqu’elle a progressé en valeur d’une manière encore supérieure avec un chiffre d’affaires HT départ Champagne s’établissant à 138,5 millions d’euros, soit une évolution appréciable de +16,8 % sur un an. Pour Grégoire Van Den Ostende, en charge du Bureau du Champagne représentant l’interprofession au Benelux, des marges de progrès sont encore possibles en Belgique. Comment  ? En incitant nos voisins «  à diversifier leur consommation  », en les faisant sortir de leurs « choix traditionnels » pour partir à la découverte de champagnes plus caractéristiques, reflets de la typicité des terroirs.

Les Nippons achètent du « vigneron »

À vol d’oiseau à quelque 10 000 kms de là, son alter ego Leiko Kawamura basée au Japon, estime que les évolutions en cours vont dans le bon sens pour le champagne sur l’archipel nippon. Les derniers résultats sont encore bons avec une progression observée en volume de + 6,7 % et en valeur de + 1,6 % en 2013 (après + 5,7 % en 2012 et + 23,3 % en 2011). C’est d’ailleurs au niveau du chiffre d’affaires global réalisé (176,4 millions d’euros) que le Japon creuse ses distances avec la Belgique  : près de 38 millions d’euros de mieux pour seulement 150 000 bouteilles vendues en plus. « Ici, d’une manière générale, la consommation a été soutenue et certainement anticipée avant une augmentation de la TVA, laquelle passe en ce mois d’avril de 5 % à 8 %. Pour sortir d’une déflation qui durait depuis 15 ans, le gouvernement de Shinzo Abé a lancé début 2013 la politique incitative nommée «  Abenomics  », constituée de mesures à adopter successivement sur deux ans. Même si cette politique est controversée, elle a des effets positifs. Elle entretient un espoir pour une reprise. Le champagne peut et doit en profiter. Notamment en raison de réductions fiscales sur les frais de représentation des entreprises. Cela favorise les banquets organisés dans les hôtels. On constate d’ailleurs une augmentation des repas d’affaires. » Pour la responsable du Bureau du Champagne à Tokyo, d’autres signaux sont encourageants, tels l’accroissement ininterrompu des points de vente et des débits de boisson ou encore le retour du «  night market  ». « Il faut souligner également l’élargissement du cercle des consommateurs avisés – surtout parmi les femmes  ! – qui savent choisir tantôt un champagne de prestige ou un brut non millésimé, tantôt d’autres vins mousseux, en fonction des circonstances, de l’humeur et du lieu… », observe Leiko Kawamura, qui a pu interroger récemment des sommeliers, des cavistes et des amateurs-connaisseurs de champagne situés dans la région du Kansai (Osaka, Kobe, Kyoto). Elle note qu’ils s’attachent désormais spontanément à des éléments tels que le « vigneron  », le « bio », le « meunier », l’élevage en «  fût en bois  », le «  blanc de blancs  » ou le «  blanc de noirs  ». Des critères qui comptent avant de passer à l’acte d’achat d’une bouteille de vin effervescent issue de l’aire d’appellation Champagne. Selon elle, la notion « d’assemblage  » est moins importante à leurs yeux. Si les champagnes «  sans année  » se taillent toujours la part du lion dans la consommation des Japonais (8,5 millions de bouteilles, soit 89 % des expéditions), les millésimés poursuivent leur poussée avec plus de 1 million de cols débouchés (11 %). Un axe à développer, d’autant que, comme l’affirme Leiko Kawamura « la valeur du champagne pénètre de mieux en mieux l’esprit du consommateur ».

L’AUSTRALIE FAIT UN SACRÉ BOND

Encore plus loin que le Japon, il y a l’Australie, terre des antipodes qui prend vraiment goût au champagne depuis quelques années. À partir de 2007, en effet, ce pays-continent a grimpé d’un rang chaque année quasiment pour se hisser en 2013 à la sixième place des expéditions devançant les pays européens dits «  matures  » que sont l’Italie (7e), la Suisse (8e) et l’Espagne (9e). Quel bond en avant !

L’Australie affiche des progressions à deux chiffres en volumes  : + 31,9 % en 2011 avec 4,9 millions de bouteilles importées, + 11,2 % en 2012 (5,4 millions) et encore + 11,4 % en 2013 (6 millions). La progression en valeur, qui était partie sur un rythme aussi élevé (+ 28,5 % en 2011 + 16,9 % en 2012), a un peu ralenti, mais elle reste très honnête (+ 6,6 %) pour avoisiner les 82 millions d’euros en 2013. Les maisons, en fournissant 97,2 % des volumes, dominent encore très largement ce marché, mais des vignerons ont trouvé l’ouverture et leurs millésimés intéressent de plus en plus de consommateurs dans ce pays qui produit ses propres mousseux. «  L’économie est forte. Avec un dollar australien haut, les importations de champagne se trouvent favorisées », souligne Élisabeth Drysdale, en charge du Bureau du Champagne en Australie. « Sur quelques segments, il y a réellement du potentiel pour les «  grower wines  », à savoir les vins de producteurs », assure-t-elle en incitant les vignerons à venir plus nombreux visiter ce vaste pays pour bien appréhender les démarches commerciales à mettre en œuvre, « avec un bon agent », selon elle. Les 23 millions d’Australiens disposent maintenant du cinquième revenu par tête d’habitant au regard du PIB. Ils ont les moyens de se faire plaisir, mais aussi de se montrer toujours plus exigeants.

LES PAYS NORDIQUES EN PROGRESSION RÉGULIÈRE

Les quatre principaux pays nordiques enregistrent ensemble une progression continue remarquée. Entre 2004 et 2013, ils ont plus que doublé leur demande, passant de 2,4 millions de bouteilles importées à 5,3 millions. À elle seule, la Suède (au dixième rang mondial) compte presque la moitié de ces ventes (2,5 millions). En 2013, elle a vu ses achats de champagne croître de 7 % tant en volume qu’en valeur. Coopératives et récoltants sont proches d’y atteindre les 20 % de parts de marché, ce qui est également la tendance observée en Finlande. Ce seuil est déjà dépassé pour les acteurs du vignoble au Danemark (25 %) et en Norvège (31 %). Ils peuvent bel et bien se faire une place au soleil (de minuit) dans ces pays nordiques. La vente d’alcool au détail y est encadrée par un monopole d’État. Ce système induit un processus d’approche qui peut apparaître contraignant pour les exportateurs, mais le responsable d’Ubifrance en charge de ce secteur insistait il y a peu encore sur le fait que les 25 millions d’habitants vivant dans ces pays comptent parmi les populations les plus aisées de l’Union européenne, et qu’ils sont, par nature, ouverts sur le monde. «  À l’image de GastroNord qui se tient en mai 2014 à Stockholm, nombre d’opérations sont montées autour de la gastronomie et du vin. » Les bulles champenoises y sont visiblement attendues par les hédonistes nordiques.

Philippe Schilde

Haut de page