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15 décembre 2017 accueil Accueil >  Portrait  > Éric Andrieu  : «  Le Parlement européen a beaucoup milité en faveur du maintien d’une régulation dans le secteur vitivinicole  »
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Portrait

Article publié le 11 mai 2015

Éric Andrieu  : «  Le Parlement européen a beaucoup milité en faveur du maintien d’une régulation dans le secteur vitivinicole  »

Député européen et vice-président de la commission agriculture et développement rural, Éric Andrieu revient sur le changement de contexte au niveau européen et les conséquences pour la viticulture.

Lors des dernières élections européennes de mai 2014, la France a envoyé de nombreux députés europhobes à Bruxelles. L’influence de la France au Parlement est-elle remise en cause  ?
Il serait exagéré de dire que l’influence de la France soit remise en cause. Celle-ci est plutôt affaiblie. Les voix de la France sont plus dispersées alors que le fonctionnement du Parlement européen exige de pouvoir créer des majorités en faisant des alliances avec d’autres membres non français. Les membres du Front National ne s’inscrivent pas dans cette logique. Ils s’expriment verbalement pour détruire la PAC et l’Europe et souhaitent revenir à une politique agricole nationale. Ils ne s’investissent pas dans le fond du travail législatif et restent isolés. On ne peut influer sur la construction européenne par de la contestation permanente et en pensant avoir raison seuls contre tous.

Phil Hogan est un ancien ministre de l’Environnement. Est-ce le signe que l’environnement devient prioritaire par rapport à l’agriculture au niveau européen  ?
On ne peut raisonner de façon aussi caricaturale. L’environnement est considéré comme une politique horizontale qui doit être présente dans l’ensemble des politiques communautaires dont la PAC. Comme les autres activités de l’économie, l’agriculture doit prendre en compte les différents défis de l’environnement qui nous sont posés. Cela suppose des adaptations et une mutation du développement agricole qui ne peut se faire qu’avec le temps et par l’innovation, la connaissance, la recherche, l’organisation des agriculteurs… À l’occasion de son audition devant la commission agricole du Parlement européen qui a précédé sa nomination en qualité de commissaire à l’agriculture, Phil Hogan ne nous a pas montré qu’il était très tourné vers l’environnement, malgré le fait qu’il ait eu antérieurement à assumer de telles responsabilités dans son pays. Au cours de cet exercice de grand oral, il ne nous a pas parlé de durabilité mais de compétitivité… Il doit aujourd’hui assurer une application de réforme de la PAC qui n’est pas la sienne. L’actuel programme législatif du commissaire ne nous laisse pas davantage penser que l’environnement prime sur l’agriculture. Cette manière de voir est une ineptie car l’agriculture et l’environnement se complètent bien plus qu’ils ne s’opposent. L’agriculture est une chance pour l’environnement et inversement. Demain, il nous faudra produire plus et mieux.

Les négociations pour un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis inquiètent beaucoup l’opinion publique en général et les viticulteurs en particulier. La Commission ne risque-t-elle pas de lâcher du lest concernant les indications géographiques pour aboutir à tout prix à un accord  ?
Les négociations sur ce projet d’accord ont fait grand bruit lors des élections européennes en France et ont occasionné un climat général de défiance et de peur chez nos concitoyens. Ces craintes peuvent être plus ou moins fondées. Les pourparlers en cours, qui englobent l’agriculture, sont très complexes et s’étendront encore sur de nombreux mois. Nous jugerons de l’acceptation ou pas de cet accord, une fois les négociations terminées. Contrairement à bien d’autres secteurs de production agricole, je ne suis pas sûr que les viticulteurs aient tout à y perdre. La part du marché américain représente 30 % du total des exportations en vins de l’Union européenne (2,6 milliards d’euros, ndlr). C’est un marché mature, l’un des plus porteurs pour l’Europe, qui enregistre chaque année une croissance faible mais régulière de l’ordre de 4 %. Les indications géographiques constituent un enjeu majeur de la négociation pour l’Union européenne alors que les États-Unis renoncent à en discuter. Il est selon moi impératif que l’UE, qui a conclu un accord sur le vin en 2006 avec les Américains, obtienne une disparition des appellations semi génériques contenues dans cette convention. Les Américains doivent respecter la réglementation sur la propriété intellectuelle et en particulier celle concernant toutes les indications géographiques, ce qui signifie pas seulement pour le vin.

La viticulture est le seul secteur agricole qui a réussi à sauver un instrument de régulation dans la nouvelle PAC. La régulation n’est pas un thème prioritaire pour Bruxelles. Comment voyez-vous l’avenir de la PAC dans les prochaines années  ?
En phase avec la Cnaoc, le Parlement européen a beaucoup milité en faveur du maintien d’une régulation dans le secteur vitivinicole. Dans la dernière réforme de la PAC, nous avons remplacé le système des droits de plantation par un système plus souple d’autorisations administratives de plantation. Je me suis personnellement engagé pour que les mesures d’application de ces autorisations, via les actes délégués, protègent suffisamment les vins de qualité. Les viticulteurs devraient vivre de prochaines années plus tranquilles sur ce volet de la régulation. Nous avons bouclé une réforme de la PAC importante il y a plus d’un an, qui doit cette année entrer en application. Il nous faudra suivre attentivement sa mise en œuvre et l’évaluer. Mais dès maintenant, nous devons réfléchir à la prochaine, qui devra selon moi, mieux appréhender la thématique de la régulation des marchés, de la lutte contre la volatilité des prix tout en poursuivant les efforts de l’agriculture en faveur de la compétitivité et la durabilité. Changer de modèle de développement exige du temps et des politiques publiques continuellement en mouvement.



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