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Portrait

Article publié le 13 août 2014

Entretien avec Denis Velut : « Vers une viticulture durable pour tous  »

Le 12 mai dernier, chaque vigneron champenois a reçu un courrier de l’interprofession lui annonçant officiellement le redéploiement du référentiel viticulture durable. À l’heure de la multiplication des labels en tout genre, la Champagne a consolidé son choix de poursuivre sa démarche collective basée sur l’adhésion de tous à un référentiel champenois unique, proposant également aux opérateurs volontaires de se certifier.
Denis Velut, nouveau président de la commission technique interprofessionnelle, revient sur ce nouvel élan donné à la démarche champenoise née en 2001.

Champagne Viticole  : L’interprofession a souhaité dynamiser la démarche viticulture durable. Quelles sont les ambitions qui poussent le Syndicat à promouvoir cette démarche  ?

Denis Velut  : Treize ans après l’initiative portée par Philippe Feneuil et Yves Bénard, nos deux coprésidents actuels ont souhaité intensifier le rythme d’une aventure réussie. Pour mémoire, en 2001, la Champagne a choisi d’anticiper en se dotant d’un référentiel technique spécifique à la vigne et couvrant tous les pans de la culture. À ce moment, l’originalité fut de compter sur l’engagement volontaire de chacun pour avancer vers la viticulture durable. Fruit d’un travail important, novateur pour l’époque, le référentiel n’était pourtant que la face cachée de l’iceberg  : la clé du succès fut l’énergie mobilisée par tous les partenaires techniques pour sensibiliser, entraîner et accompagner un maximum de vignerons vers les objectifs fixés dans le référentiel. Les progrès de la filière Champagne sont encourageants. Si je ne devais citer qu’un seul indicateur de ces améliorations, ce serait la réduction drastique des produits phytosanitaires employés  : moins 50 %. Et comment ne pas être tenté de rajouter que parmi les produits encore utilisés, 50 % sont autorisés en viticulture biologique  !

Si les points de satisfaction interne sont nombreux – 100 % des effluents vinicoles traités, 90 % des déchets valorisés… –, la profession viticole souhaite que les efforts engagés en matière de viticulture durable soient encore mieux reconnus. C’est pourquoi la Champagne met l’accent sur le projet viticulture durable. Il n’y a point de révolution mais simplement la volonté d’afficher haut et fort les progrès accomplis et l’ambition de poursuivre collectivement la route vers une viticulture durable pour tous.

CV  : Cette initiative s’inscrit dans la continuité de 2001. Alors pourquoi parler d’un nouveau souffle  ?

DV  : La nouveauté, c’est l’actualisation du référentiel et surtout la hiérarchisation des mesures qui permettra aux viticulteurs qui le souhaitent, de faire évaluer leur engagement par un organisme extérieur et accéder ainsi à une certification «  viticulture durable  ». Cela nous a amenés à classer les 125 mesures en trois catégories. 60 mesures sont un prérequis  : tout écart est critique pour l’obtention de la certification. Les points concernés correspondent essentiellement à des obligations déjà réglementaires. 31 mesures constituent le socle commun pour revendiquer une certification «  viticulture durable  »  : en cas d’écart de réalisation, le viticulteur dispose d’un délai de trois mois pour corriger le décalage. 34 mesures sont laissées à l’initiative de l’exploitant  : pour être certifié, il devra toutefois en satisfaire au moins 19.
Destinée initialement à fixer des seuils de certification, la hiérarchie que nous avons établie peut aussi guider ceux qui ne sauraient pas par où commencer pour faire avancer, de manière totalement spontanée, leur propre roue de progrès. De plus, la grille d’évaluation qui va servir à l’auditeur extérieur s’avère bien utile pour tout viticulteur souhaitant simplement réaliser son autodiagnostic. Elle décrit très objectivement comment remplir chaque mesure.

CV  : Pourquoi permettre une certification du référentiel ?

DV  : En 2001, la profession viticole a choisi que l’outil soit à disposition de tous sans être labellisé ni certifié. En douze ans, le contexte a évolué  : les labels sont de plus en plus reconnus par les consommateurs ou du moins, recherchés par un large nombre de critiques de vins, au point de devenir une condition incontournable pour certains marchés. Mais, parmi l’offre abondante, aucun dispositif n’est à la fois spécifique à la vigne et largement reconnu. En prônant une démarche globale partagée par l’ensemble de la filière, on amplifie les retombées collectives des initiatives individuelles. S’appuyer sur un référentiel viticulture durable partagé par tous les Champenois, quand bien même à des rythmes différents, facilite la communication rassemblée autour du mot « champagne ».

Si la Champagne a souhaité avancer vers une certification du référentiel, c’est aussi pour éviter qu’une entreprise privée ne crée son propre système de certification à partir du référentiel existant. Il nous semblait inapproprié et dangereux qu’un outil collectif puisse être ainsi accaparé. Aussi, l’interprofession a-t-elle choisi d’anticiper en définissant collégialement la liste des exigences à remplir pour prétendre à une certification «  viticulture durable en Champagne  ».

CV  : Ce référentiel soulève quel-ques craintes…

DV  : Je tiens à rassurer les viticulteurs : ce qui compte, c’est que chacun fasse progresser ses pratiques, la certification n’est qu’un outil parmi d’autres. Elle n’est une attente que sur certains marchés. Le Syndicat veillera à ce qu’elle ne repose que sur du volontariat.

CV  : Aller vers la certification, n’est-ce pas ajouter de nouvelles contraintes ?

DV  : Choisir de faire certifier son exploitation crée en effet quelques obligations. Sur le plan purement technique, la plupart des exigences du référentiel sont aisées à atteindre car elles sont adaptées aux réalités champenoises. Le référentiel a été établi par un groupe associant viticulteurs et responsables de vignoble. La commission technique syndicale a été associée à sa rédaction. D’ailleurs, plusieurs mesures ont été modifiées à sa demande.

En revanche, le fait de rechercher une validation par un œil extérieur impose un formalisme nettement plus rigoureux que pour établir un simple plan de progrès personnel. La certification exige de tracer par écrit ce que l’on a fait, mais aussi, pourquoi on a fait ou pas fait telle ou telle pratique. Se préparer à la certification demande quelques ajustements, de bons outils informatiques et se révèle assez chronophage, au moins la première fois. Ainsi sur les exploitations expérimentales du CIVC, une trentaine d’heures de préparation ont été nécessaires.

CV  : Comment le consommateur va-t-il réagir face à cette énième certification ?

DV  : En dehors du label bio, les consommateurs méconnaissent les logos actuels, même la référence HVE prônée par l’État. Sur 1 800 consommateurs interrogés lors d’une enquête menée en France par l’école supérieure d’agriculture, 45 % ne connaissent aucun label témoignant de pratiques environnementales, et 45 % citent la bio. Seule une communication massive permettra à un label d’être reconnu. C’est un véritable pari collectif. En Champagne, nous avons déjà des atouts  : les 15 000 exploitants sont engagés dans la démarche, les indicateurs collectés depuis 2001 montrent déjà les progrès accomplis. La certification ne sera qu’un indicateur parmi les 300 données collectées chaque année par le pôle technique et environnement du CIVC.

CV  : Aller vers une certification n’est-ce pas perdre un peu de son indépendance ?

DV  : Les occasions pour le viticulteur de confier la conduite de ses vignes à des tiers existent déjà  : technicité du matériel, complexité des programmes phytos, agrément phyto… S’engager dans le référentiel peut être une réelle opportunité pour redonner de la motivation à des vignerons qui ont parfois un peu trop abandonné leur métier. S’investir dans un plan de progrès suppose, il est vrai, un accompagnement. Le SGV veille à ce que cet appui puisse être indépendant et neutre.

Dans cet esprit, les chambres d’agriculture proposent diverses offres telles que des formations collectives, un accompagnement personnalisé, ou bien encore des animations collectives, qui permettent aux viticulteurs de se préparer à une certification ou tout simplement de mieux s’approprier les ambitions du référentiel. Le SGV a d’ores et déjà proposé aux présidents de section de coordonner l’organisation de sessions locales de formation.



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