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Le dernier numéro

Article publié le 2 mars 2007

Édito

Ne déséquilibrons pas les équilibres

Le vigneron champenois s’est laissé anesthésier, gâter, gangrener… Tout le mal est là et vient de là. Et le mal sera le même et aussi violent dans 50 ou 100 ans […]. Le mal, il est en nous, le remède, il est en nous.
C’est avec ces mots durs qu’en 1929, Maurice Doyard, président du SGV, fustigeait ses troupes dans le contexte decrise qui frappait le vignoble, en dépit d’une vendange faste.
Curieusement, alors que la Champagne et le vignoble connaissent actuellement une grande prospérité, ces mots résonnent fortement. Depuis un demi-siècle, la Champagne doit sa réussite à un équilibre entre ses familles du vignoble et du négoce. Cet équilibre est assis sur deux piliers constants :

  • le vignoble, par le foncier, détient l’essentiel de la matière première ;
  • le négoce, par sa puissance commerciale, réalise l’essentiel des ventes de vins de Champagne.

Et ces deux caractéristiques nous ont toujours obligés, depuis 50 ans, à un mariage de raison. Comme le disait Jean de Vogüe, nous sommes condamnés à vivre ensemble.
Aujourd’hui, il faut être attentif à ne pas casser la mécanique. Le vignoble doit veiller à conserver la maîtrise de la matière première, et notamment la maîtrise du foncier. Sinon, il pourrait, à moyen ou long terme, se mettre en situation de dépendance vis-à-vis de partenaires commerciaux qui ont forcément, et c’est logique, des raisonnements d’entreprise. Attention alors à l’évolution du prix du raisin !
Peut-on d’ailleurs les juger quand nous faisons de même ? Chaque vente de vignes voit le vendeur vigneron chercher à tirer le meilleur profit de sa vente, et le vigneron acheteur surenchérir, contribuant ainsi à faire grimper le prix du foncier. On voit aussi des vignerons s’engager pour de longues années et sur des surfaces importantes pour obtenir quelques ares supplémentaires en exploitation de la part d’une maison. On en voit encore renoncer au métier de vigneron et confier leur exploitation et ses raisins à une maison via un contrat de prestation. Autant de glissements individuels vers la facilité qui, peu à peu, pourraient saper les fondements de notre prospérité.
N’oublions pas les mises en garde de Maurice Doyard : ne nous laissons pas anesthésier par l’apparente facilité du moment. L’individualisme et le repli sur soi sont fréquents en période faste, mais ils portent en eux les germes de la fragilité du vignoble. Plus que jamais, nous devons, ensemble, être forts pour maîtriser notre avenir. Bientôt nous devrons reprendre le travail sur l’organisation de la Champagne, puisque l’actuelle organisation interprofessionnelle arrivera à échéance après la vendange 2008. Ce travail, nous devons l’aborder avec un vignoble fort, conscient de ce que la valeur de son patrimoine Champagne vient de son unité. Un vignoble qui ne se laisse pas séduire par le court terme, au risque d’abandonner son futur – et surtout celui de nos enfants — pour quelques ares de plus…
La Champagne a réussi l’incroyable pari du « partenariat interprofessionnel ». Ce pari gagnant-gagnant entre vignoble et négoce nous est envié partout en France. Il est en effet sans aucun doute le grand secret de la réussite du champagne. Nous sommes partenaires… faisons tout notre possible pour ne pas redevenir des adversaires. L’appellation et, par ricochet, toutes nos entreprises, qu’elles soient du vignoble ou du négoce, seraient alors les grandes perdantes.

Patrick Le Brun, Président du SGV

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