La Champagne Viticole Candidature UNESCO

 

23 novembre 2017 accueil Accueil >  Le dernier numéro  > Economie champenoise : un premier semestre morose
Pique-nique chez le vigneron indépendant • Arocu : "les notes florales et fruitées dans les vins de Champagne" • Jeunes talents du champagne : inscription avant le 30 mai • Concours européen des ambassadeurs du champagne : les inscriptions sont ouvertes ! • 30 mai : prêts pour la Champenoise ? • Centenaire 14-18 : concert à Ville-sur-Tourbe • Vert-Toulon : randonnée le 1er mai • Exposition : des éventails "esprit de champagne" • Concours d'Epernay des champagnes du vignoble : une nouvelle catégorie ! • L'AG du SGV : mardi 14 avril au Millésium
R�duire la taille du texte Agrandir la taille du texte Imprimer cette page

Le dernier numéro

Article publié le 22 août 2012

Parution du mois

Economie champenoise : un premier semestre morose

Dans une ambiance de crise économique, le premier semestre 2012 fut marqué, pour la Champagne, par un recul commercial significatif. L’évolution du prix moyen de vente reste positive, mais le ratio de stock va retrouver mécaniquement un niveau élevé. Alors que le FMI vient de réviser à la baisse les taux de croissance du PIB de plusieurs pays, la filière Champagne aborde le deuxième semestre dans une conjoncture incertaine. Dans ce contexte, les sections locales et le conseil d’administration du SGV, consultés en juillet, préconisent la fixation d’un rendement tirable mesuré pour la campagne 2012-2013.

La crise frappe de plein fouet la France et plusieurs pays de l’Union européenne. Aujourd’hui, l’impact de cette situation sur la filière du champagne est incontestable. En effet, après deux ans de reprise, les expéditions marquent le pas  : depuis huit mois, elles baissent de manière constante. Toutes les familles de metteurs en marché sont concernées  :

  • de janvier à mai 2012, les ventes du négoce étaient en retrait de 5,5 % par rapport à l’année dernière  ;
  • pour les coopératives, le recul était de - 13,6 % ;
  • et pour les vignerons, de 7,7 %. La récession commerciale reflète assez bien la situation des États sur l’échiquier mondial. Elle est plus marquée sur les marchés européens, qui sont les plus touchés par les difficultés économiques, qu’au grand export :
  • France : - 7,7  % de janvier à mai ;
  • Union européenne : - 8,6 % ;
  • Pays tiers : - 1,9  %. À la fin du mois de juin, les premières tendances constatent une ré- cession des ventes de champagne d’environ 6 % sur le premier semestre. Sur 12 mois glissants, le volume global des expéditions s’élève à 315,5 millions de bouteilles. Un recul sensible par comparaison avec les 323 millions de cols vendus en 2011.

Au 31 juillet 2011, le ratio de stock avait retrouvé un niveau «  de croisière  » à 3,5 années de vente, grâce aux mesures de crises prises par l’interprofession aux vendanges 2009 et 2010. La première conséquence de la chute des expéditions est d’augmenter rapidement ce ratio. Ainsi, mécaniquement, il avoisinera les 3,8 années de vente au 31 juillet prochain. Un niveau global élevé, même si l’on sait que la situation est très variable d’un opérateur à l’autre  : si chez certains les caves sont pleines, d’autres en revanche auraient besoin de conforter leur stock qualitatif.

Détenir un stock important est un atout pour la Champagne, en terme de qualité mais aussi parce que c’est une perspective d’avenir (il y aura des bouteilles prêtes à être commercialisées lorsque la reprise sera au rendez-vous). Toutefois, l’histoire de la Champagne a également démontré qu’un stock trop lourd a aussi deux incidences néfastes :

  • il favorise les opérations de déstockage à bas prix de la part des opérateurs trop chargés ayant des difficultés financières ;
  • et, dans un deuxième temps (l’année suivante), le négoce revendique une baisse drastique du niveau d’appellation tirable, pour ne pas avoir à recharger un stock qui pèse. Effet yoyo garanti pour la trésorerie des vignerons !

La hausse de la valeur se poursuit, moins vite Sur le front de la valeur, les chiffres sont plus favorables. En effet, dans la continuité de la reprise amorcée en 2011, l’évolution du prix moyen de vente de janvier à mai reste positive (+ 3,8  %). Toutefois, l’analyse sur quelques mois montre un ralentissement progressif de la croissance des prix. Fin mai, compte tenu de la baisse des volumes, le chiffre d’affaires du champagne s’est légèrement dégradé (- 3,2  %). Un chiffre global qui masque sans doute de fortes disparités entre les opérateurs.

Depuis l’été 2011, le regain de turbulences financières dans la zone euro s’est transmis à l’économie réelle. La situation conjoncturelle au sein de nombreux États européens reste maussade et les analystes estiment qu’en 2012 la croissance sera nulle en Europe, voire légèrement négative. Par ailleurs, l’obligation de réduire les déficits générera sans doute de l’impôt qui impactera la consommation et la croissance. En France, la consommation des ménages pourrait s’essouffler sous l’effet d’une augmentation du chômage et du moral incertain des consommateurs. Au-delà des frontières européennes, le contexte économique est plus porteur. Toutefois, la croissance des pays émergents pourrait être modérée par le ralentissement du commerce mondial lié à la crise dans les pays développés.
Les économistes envisagent une reprise progressive à partir de 2013, mais soulignent toutefois l’importance des aléas, qui rendent toute prévision difficile et incertaine.
Dans ce contexte économique, on peut craindre que l’année 2012 soit plus difficile que 2011 pour la Champagne, d’autant plus que les pays les plus impactés par le ralentissement économique sont aussi les plus gros marchés du champagne. Rappelons que 80 % des expéditions sont faites en France et en Europe.
À moyen et long terme, de nombreux marchés émergents sont prometteurs, en Europe et dans les Pays tiers, et sont à considérer avec attention par les exportateurs.

À la fin du premier semestre 2012, les indicateurs économiques champenois constatent clairement l’amorce d’un retournement de tendance après l’embellie de 2011. Aujourd’hui, rien ne permet de présager que le deuxième semestre sera beaucoup plus dynamique que le premier. En effet, un climat de crise plane sur l’économie mondiale et le Fonds monétaire international n’est pas franchement optimiste puisqu’il vient de réviser à la baisse ses prévisions de croissance pour la France, la zone euro, le Royaume-Uni, mais aussi les États-Unis et les pays émergents.

LES SECTIONS LOCALES PRÔNENT LA PRUDENCE

Appelées à donner leur avis sur la base d’une note de conjoncture, les sections locales du SGV ont estimé que l’intérêt général de la filière implique de fixer un niveau de mise en marché proche du niveau actuel des expéditions, pour ne pas recharger le stock et ne pas obérer la reprise à moyen terme. La grande majorité des positions se placent sur une échelle située entre 10 500 et 11 500 kg/ha. Une position modérée qui a été reprise par le Conseil d’administration du SGV, réuni le 19 juillet dernier. Pour les élus syndicaux, refuser de prendre en compte le risque d’une poursuite de la baisse des ventes au second semestre pourrait, à la vendange 2013, placer la Champagne dans la même situation qu’en 2009  : des maisons qui, n’ayant plus la capacité financière de faire face à leurs engagements d’achat, revendiquent soudain une baisse drastique du niveau de rendement tirable. Peu importe qu’une telle mesure ait pour effet  : – de reporter brutalement sur les exploitations viticoles les conséquences économiques d’une absence d’anticipation collective  ; – de casser la dynamique des entreprises et des exploitations ayant des marchés porteurs  ; – et d’obérer l’avenir de la filière à moyen terme, puisqu’un classement très bas a pour effet automatique de réduire brutalement le nombre de bouteilles commercialisables trois ans plus tard. « Quand la météo n’est pas bonne, il est prudent de devancer les risques et de réduire la voilure pour ne pas avoir à prendre, au dernier moment, des mesures de sauvetage radicales, souligne un élu syndical. L’hypothèse d’un recul commercial au deuxième semestre est loin d’être irréaliste. Restons raisonnables. Par ailleurs, la récolte ne sera vraisemblablement pas très importante cette année  : il n’y a pas lieu de classer plus que ce que nous vendangerons. Nous avons la chance d’avoir en stock une réserve abondante. Elle pourra être libérée, si nécessaire, quand l’avenir sera plus clair. »

••• C.C.

Catherine Chamourin

En images


  • Conjoncture internationale : en juillet, le FMI a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2012 et 2013


  • Expéditions : huit mois consécutifs en baisse


Haut de page