La Champagne Viticole Candidature UNESCO

 

16 août 2017 accueil Accueil >  Portrait  > Dominique Moncomble revient sur le phénomène botrytis de 2010
Pique-nique chez le vigneron indépendant • Arocu : "les notes florales et fruitées dans les vins de Champagne" • Jeunes talents du champagne : inscription avant le 30 mai • Concours européen des ambassadeurs du champagne : les inscriptions sont ouvertes ! • 30 mai : prêts pour la Champenoise ? • Centenaire 14-18 : concert à Ville-sur-Tourbe • Vert-Toulon : randonnée le 1er mai • Exposition : des éventails "esprit de champagne" • Concours d'Epernay des champagnes du vignoble : une nouvelle catégorie ! • L'AG du SGV : mardi 14 avril au Millésium
R�duire la taille du texte Agrandir la taille du texte Imprimer cette page

Portrait

Article publié le 1er juin 2011

Dominique Moncomble revient sur le phénomène botrytis de 2010

Le fait marquant de la campagne 2010 fut incontestablement l’attaque fulgurante de botrytis qui a frappé plusieurs secteurs du vignoble avant les vendanges. Les services techniques du CIVC et leur directeur, Dominique Moncomble, ont mené l’enquête pour comprendre les causes du phénomène.

Dans le cadre de l’assemblée générale de l’AVC, vous avez présenté les résultats d’une enquête conduite par votre équipe viticole pour décrypter les causes du développement du botrytis, particulièrement rapide, avant la vendange 2010.

Dominique Moncomble : En effet, nous avons été confrontés, cette année, à un phénomène exceptionnel. Après une campagne viticole plutôt calme et bien maîtrisée sur le plan sanitaire jusqu’à mi-août, nous avons assisté, sur la dernière ligne droite, à un développement accéléré du botrytis dans certains secteurs. Pour nous, l’enjeu était de comprendre les facteurs qui ont favorisé ce phénomène. Le premier, auquel tout le monde pense, est bien entendu la pluie qui a arrosé le vignoble en pleine période de maturation des baies. Les premiers foyers de pourriture sont apparus après les averses de mi-juillet. Les précipitations exceptionnelles du 15 août ont provoqué un nouveau départ. Ensuite, avec la multiplication des épisodes pluvieux peu intenses mais continus, la progression a été explosive.

Comment expliquer les différences de situation entre les secteurs et les parcelles ?

DM : La zone centrale du vignoble, dans la Marne, a été la plus touchée, en particulier la Vallée de la Marne, la Montagne de Reims et le Massif de Saint Thierry. Certes, c’est là que la pluviométrie a été la plus imposante, six à sept fois la normale saisonnière sur la seconde quinzaine d’août, mais d’autres secteurs aussi arrosés ont moins touchés. Et, au contraire, le botrytis s’est développé dans des zones moins humides. Donc, ces pluies ne sont pas le facteur explicatif des différences, loin de là. A situation complexe, vignerons perplexes. Avec eux, nous avons tenté de détricoter l’écheveau. D’abord par des explications classiques. Les pratiques culturales ont eu l’impact attendu : la pourriture a été nettement atténuée par l’enherbement et les traitements anti-botrytis ; elle a été accentuée par les fortes vigueurs dues au porte-greffe ou aux fumures non raisonnées. Autre constat partagé : l’effet cépage, via la conformation des grappes. Les chardonnays, moins compacts, et les noirs du Barrois, aux grappes aérées par la coulure ou le millerandage, s’en sortent beaucoup mieux.

Vous avez également évoqué le stress hydrique comme facteur déterminant dans le processus.

DM : Les constats évoqués précédemment n’expliquent pas le cas des meuniers, moins atteints dans l’Aisne que dans la Marne malgré des poids de grappes et une compacité bien supérieurs. L’explication se trouve dans le stress hydrique de juillet qui a probablement eu un double effet : d’une part, diminuer les capacités de défense de la vigne et la rendre plus sensible aux contaminations ; d’autre part, réduire la capacité de grossissement des baies et les rendre plus vulnérables au gonflement ultérieur provoqué par les pluies. Les différences de pluies au printemps font que le stress hydrique a été atteint dès la fermeture de la grappe dans la Marne et seulement dans la première quinzaine d’août pour l’Aisne. Enfin, dans une même situation où les trois cépages sont présents, comme dans notre vignoble expérimental de Plumecoq, pour une même contrainte hydrique, le meunier décroche dès la floraison, soit quinze jours plus tôt que le pinot noir et le chardonnay. La mesure de l’arrêt de croissance des entre-cœurs nous l’a bien montré. Donc, pour comprendre la pourriture en 2010, il ne faut pas se limiter aux pluies du mois d’août mais explorer les contraintes hydriques de juillet. C’est le paradoxe que nous avons illustré dans l’expression « pourriture de sécheresse ». Au final, l’empreinte botrytis est équivalente à ce que nous avons connu en 2001. Il y a eu des vendanges plus difficiles, comme 1994. Rendons grâce à Saint Vincent qui a accordé à la Champagne un potentiel de récolte suffisant pour faciliter le tri. Remercions les institutions d’avoir inventé et mis en place la réserve individuelle, et rendons également hommage aux nombreux viticulteurs qui se sont impliqués dans l’organisation du tri. Le rendement agronomique évalué avant la récolte était de 14 000 kg/ha et le rendement moyen en AOC déclaré après la vendange se situe aux alentours de 11 100 kg/ha. La différence entre les deux chiffres donne la mesure du tri qui a été pratiqué dans les galipes. L’attaque surprise de botrytis a été globalement bien gérée par les Champenois. Et puis, n’oublions pas un autre fait marquant de la vendange 2010 : une superbe dynamique de maturation !



Haut de page