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Le dernier numéro

Article publié le 28 novembre 2012

Parution du mois

André Drappier, hommage à un bâtisseur

Le 13 octobre dernier, André Drappier a reçu des mains de Béatrice Richard, ancienne vice-présidente du SGV, les insignes de chevalier de la Légion d’honneur. Une distinction qui met à l’honneur un pionnier de la reconstitution du vignoble aubois et un homme engagé pendant 30 ans dans l’action syndicale.

« Papa est arrivé ici en CDD en 1951. Il y a peu de temps, après 60 ans de période d’essai, nous avons considéré que l’on pouvait transformer son contrat en CDI. Toujours fidèle au poste, il est plus présent que jamais pour assurer sa mission. Aujourd’hui, nous sommes rassemblés autour de lui. Nous sommes tous très fiers de lui, et moi tout particulièrement.  » C’est avec humour, mais surtout beaucoup d’affection et de respect que Michel Drappier a ouvert la cérémonie de remise des insignes de chevalier de la Légion d’honneur à son père, qui s’est déroulée dans cette maison de champagne familiale ancrée dans le terroir du vignoble aubois à Urville.

Né à Fuligny, dans l’Aube, le 31 octobre 1926, ce fils d’éleveur a failli devenir maître d’école, mais l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale en a décidé autrement. Son retour sur l’exploitation familiale lui a permis de rencontrer Micheline Collot-Perrin, qu’il a épousée en 1951. « Micheline, née dans le vignoble, a eu tôt fait de vous convertir à sa passion », a souligné Béatrice Richard, ancienne vice-présidente du SGV en mettant l’accent sur le rôle prépondérant de ses beaux-parents, dans les premiers pas de cette reconversion, puis le développement viticole et la naissance de la marque Drappier.

30 ans de défense et de combat au SGV

« André Drappier a compris que l’avenir passait aussi par la défense et le combat dans les organismes de tutelle à Épernay », a rappelé Béatrice Richard. Pendant 30 ans, André Drappier a fait partie des représentants du vignoble aubois au sein du conseil d’administration du SGV. Cet engagement lui a d’ailleurs valu la reconnaissance de ses pairs au travers de la remise des insignes d’officier de l’Ordre du Mérite Agricole et chevalier de l’Ordre national du Mérite. « Votre parcours professionnel, syndical et familial a été effectué avec amour, passion et pugnacité. » Autant de qualificatifs, dont Béatrice Richard a souligné qu’il pouvait s’appliquer à Michel, « venu illuminer son foyer » et qui, « doté d’une solide formation vitivinicole », suit les traces de son père. « Michel a relevé tous les défis que vous aviez engagés  : développement de la construction de logements à Urville pour vos salariés, croissance importante de la manipulation, investissements dans des équipements qualitatifs et lancement d’une politique offensive à l’export. » C’est pourquoi, avant de lui remettre ses insignes, Béatrice Richard a remercié « un bâtisseur non seulement de la maison Drappier, mais aussi et pour partie de la Champagne. »

Remerciant sa marraine, André Drappier a tout d’abord rendu un hommage ému à son épouse Micheline, aujourd’hui disparue, qui a été au cœur de la réussite de cette maison. Rappelant que son développement doit être partagé avec tous ceux qui ont apporté leur contribution, il a retracé ensuite ses grandes étapes. Une maison qui s’est créée « sur des coteaux quelque peu délaissés par bien des viticulteurs » et qui s’est métamorphosée avec d’importants investissements, des embauches, le retour de Michel qui l’a fait souscrire « à une deuxième jeunesse de l’entreprise à l’heure d’un espoir de semi retraite », en une marque qui représente aujourd’hui 1,5 million de bouteilles, dont 70 % sont exportées.
De même, il a salué la mémoire de Pierre Maury, technicien du CIVC, « infatigable homme de terrain parcourant le vignoble de long en large pour former et prodiguer des conseils », et a évoqué son mandat professionnel pendant une période « où les problèmes touchant le vignoble aubois foisonnaient ». Il s’est attardé avec tendresse sur le bonheur d’être le grand-père « gâté, très accompagné et très sollicité » de Charline, Hugo et Antoine, qui l’incite à penser « comme je l’ai toujours dit, il faudrait deux vies  : une pour travailler et l’autre pour la vivre. »

Amour, humour et âme terrienne

En marge de cet événement, nous avons rencontré André Drappier. Trois mots clés ont guidé sa vie.

Amour : « C’est l’amour qui m’a fait épouser la vigne et le champagne, grâce à une femme qui n’avait pas les deux pieds dans le même sabot, comme on le disait dans les campagnes. J’étais fils d’éleveur, donc provenant de l’extérieur de la vigne, j’avais le sentiment que c’était une chance à saisir. Si j’avais été fils de vigneron, j’aurais peut-être été déjà marqué. Et puis j’avais une femme qui avait une grande ouverture d’esprit et il y avait aussi mes beaux-parents, M. et Mme  Collot.
Ils étaient pionniers et même visionnaires, car ils avaient planté du pinot noir dès 1940 à Meurville. Lorsque je me suis marié avec leur fille Micheline en 1951, l’hectare qui lui a été donné était planté en pinot noir. Je n’ai donc jamais connu le gamay. Lors de ma première rencontre avec mon futur beau-père, qui était très grand donc impressionnant, il m’avait demandé « Qu’est-ce que vous allez faire  ? » C’est leur fille qui a répondu  : « Ne t’inquiète pas Papa, il va s’y mettre ! » Alors je me suis appliqué. Et ma femme était un excellent professeur. En 1952, lorsque j’ai fait mon premier tirage de 1 000 bouteilles, grâce à l’aide financière de mes beaux-parents, avec beaucoup d’abnégation, ils ont accepté que ce soit mon nom qui figure sur les étiquettes. »

Humour  : « A l’école primaire, l’instituteur organisait des représentations théâtrales. J’aimais bien cela. On me donnait des rôles qui ont peut-être contribué à façonner ma personnalité : des personnages blagueurs avec une gouaille sympathique. L’humour m’a toujours bien servi. J’ai eu aussi la satisfaction de voir que ce don était partagé par mon épouse et par Michel, et que nos clients l’attribuaient à une certaine qualité d’accueil de notre maison. Concernant mes mandats professionnels, je me rappelle qu’au conseil d’administration du SGV, il fallait savoir dire les choses tout en étant humble, car à l’époque, la Côte des Bar était plutôt triste, on parlait des vins de l’Aube et les gamays faisaient grincer des dents.
L’humour était un bon ambassadeur pour faire passer quelques messages. Même maintenant, lorsque Michel me demande d’accueillir des visiteurs et des clients, j’arrive toujours à dégeler l’atmosphère et à faire amorcer des sourires même chez les plus coincés. »

Âme terrienne  : « Ceux des années 1950, qui reviendraient ici après un long voyage, penseraient que nous avons connu un miracle. De même, ceux qui vivent ici sans avoir connu cette époque, ne peuvent pas se rendre compte des efforts physiques et intellectuels que des pionniers ont dû déployer, pour arracher, planter, tailler et progresser dans leurs pratiques dans les vignes et les caves. C’est avec la pioche et des chevaux que l’on travaillait dans les friches dans les années 1950. Et puis, il a fallu apprendre beaucoup de choses, avec des passionnés comme Pierre Maury. Cela vous construit un lien très fort avec la vigne. »

Isabelle Vilnet

En images




  • Cérémonie de remise de médaille de la Légion d’honneur.


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